Faits-divers

Etang-Salé : le chauffeur et les trois poivrots


Etang-Salé : le chauffeur et les trois poivrots
Ce pourrait être le titre d’un western de série B style "L’imbécile, le crétin et le chauffé". En moins violent mais plus débile. Cela se passe le 26 octobre dernier à Etang-Salé-les-Hauts.

Il est 14 heures, Noël s’apprête à déposer ses derniers passagers à un arrêt du centre-ville et conduire son bus au dépôt où il doit prendre sa pause, aussi réglementaire que bien méritée. Car, faut-il le rappeler, si ce métier est épuisant physiquement, il est mal payé et de surcroît à haut risque.

A l’arrêt, cinq personnes attendent, dont trois seules nous intéressent : Kévin, 28 ans ; Thierry, 31 ans ; Jean, 39 ans. Ces trois-là sont très agités mais ils ont une excuse, ce sont les poivrots du village. N’ayant jamais travaillé de leur existence, ils vivent dans leur famille qui les nourrit et passent le plus clair de leur temps à boire leur RSA. Quoique dans leur cas, le verbe "boire" est un peu faible.

Ce jour-là, totalement imbibés en pleine canicule étangsaléenne, plus obstinés que des mules péruviennes, ils prétendent à toute force se rendre à Saint-Louis. Noël arrive, voilà qui fait leur affaire. Mais voilà, le chauffeur ne prend pas de passager et poursuit sa route. A faible allure, fort heureusement, car Jean, claudiquant bas sur sa canne orthopédique, se place carrément en travers du passage clouté.

Coup d'épaule et bousculade

Noël comprend tout de suite de quoi il retourne, stoppe son moteur et descend, histoire d’expliquer aux agités pourquoi il ne peut les prendre en charge. Mais i tir pas do lo dans in’ roche ! Nos hurluberlus crient, s’agitent, vitupèrent. Jean-le-boiteux lui assène un coup d’épaule (se méfier d’un poivrot en pétard !) tandis que Kévin le bouscule avec force. Enfin, si on veut. De guerre lasse, ils abandonnent l’entreprise d’attaque de la diligence et s’éloignent cuver tranquillement.

Ces trois-là ne sont pas "vraiment violents", juste un peu surexcités quand ils ont bu. Et pour boire, ils ont fait bonne mesure depuis le milieu de la matinée. Autant dire que leur mesure a plutôt tendance à déborder : Thierry, aux questions de la présidente Peinaud, avoue sans fausse honte que depuis les 10 heures (il ne se rappelle plus très bien les détails, ce qui se comprend), il a ingurgité 4 piles plates. Oui madame, oui monsieur, vous avez bien lu, 4 piles plates en 4 heures !

Ce qui fait, si je ne m’abuse, 80 cl de rhum à 40 ° en un temps très court. Avec une telle dose derrière la cravate, vous seriez dans un triste coma éthylique depuis longtemps… et moi aussi sans doute. Eh bien pas eux. Car les autres sont les tristes auteurs du même exploit. Et ils tiennent debout. Et ils attaquent la diligence. Et ils se prennent pour des héros de western.

A la barre, ils ne se souviennent de rien sinon d’avoir été pleins comme des outres. Mais ne nient rien non plus :
"Si ou dit, daoir lé vrai ! "

Des trois, seul Thierry est connu de la justice pour des faits de violation de domicile et de conduite pété comme un coing (ah bon ?) Des condamnations légères. Les autres sont judiciairement vierges. Pas des méchants, on vous dit.

Jean, le handicapé, mérite une mention particulière. A la présidente qui lui demande comment il se retrouve avec une béquille, il explique sobrement (hum !) qu’il était sur un passage clouté quand il a été heurté par une voiture. Mais il n’a pas porté plainte parce que, malgré ses efforts, le conducteur n’a pu l’éviter.

"Pourquoi ?" - "A cause moin lété saoul ! " On l’aurait juré.

Le substitut Saunier, qui n’a "que quatre ans de Réunion" à son actif, a eu vite fait le tour du malheur et a choisi de traiter la chose avec un humour navré :
"Il est désolant de voir des personnes de 30/38 ans s’alcooliser ainsi à longueur de journée. A 14 heures, ils étaient déjà dans un état très avancé. Ceci dit, ce ne sont pas des violents habituels".

Il ne réclamera que des peines TIG (travail d’intérêt général) contre Kévin et Thierry, et 1 mois avec sursis contre Jean-l’éclopé, bien incapable d’accomplir un effort autre que celui consistant à lever le coude. Et accessoirement mettre un pied devant l’autre jusqu’au plus proche pied de tamarin-de-l’Inde.

Il a encore fallu que la présidente s’arme de toute sa patience et de son sens de la pédagogie appliquée pour expliquer aux piètres contrevenants ce qu’est un TIG et s’ils acceptaient la mesure. Ils ont fini par opiner.

140 heures de TIG pour Kévin et Thierry, 1 mois avec sursis pour Jean. A la sortie de la salle d’audience, Kévin marmonne à l’intention de ses dalons :
"Où ça i sava po boir in coup là ? Boutique chinois lé loin… Somanqué chez Aurélien ? "

Clopin-clopant, en file indienne, ils ont entrepris de descendre la rue Archambaud, direction le marché couvert et ses accueillantes échoppes. Question existentielle : trouveront-ils un chauffeur de bus assez généreux pour accepter de les prendre en charge jusqu’à Etang-Salé… à 14 heures ?
Vendredi 10 Avril 2015 - 10:32
Jules Bénard
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1.Posté par tanguy47 le 10/04/2015 13:18
encore un article qui ne prêche pas en faveur du tourisme à la Réunion !!!!!!

2.Posté par 974 le 10/04/2015 15:25
Pokwé tourisme ? ? ? ? C'est kwé zot l'envie fais venir absolument des gens ici????

3.Posté par Jules Bénard le 10/04/2015 16:16
Au courageux anonyme "tanguy47" :
Mon propos n'est pas de faire la promotion de l'île.
Pour le cas bien probable où vous ne l'auriez pas encore compris, je fais des comptes-rendus des séances du tribunal correctionnel le jeudi, pour Zinfos 974.
Je ne suis pas payé pour dire que "La Réunion sé in ti paradis" !
Je suis là pour rendre compte de la merde dans laquelle baigne quotidiennement l'essentiel de notre population.
Si mon propos vous dérange, zappez, mon vieux, zappez !
Vous aurez ainsi l'esprit tranquille et... vous nous épargnerez vos commentaires hors de propos.

4.Posté par comic strip le 11/04/2015 01:45
qu'est ce que je me suis marré. Un délice. Je retrouve mon île dans sa splendeur. Avec ses buveurs de rack qui sont les murs porteurs de la boutique chinois. LOL

mon bonjour de métropole !

ps : je ne crois pas que le post 1 s'en prenait à l'article en fait. // j'imagine la tête du substitut saunier devant ces cas sociaux et especiaux. Le pauv' zoreil i doit dire : kossa ma ni fé là mon dieu seigneur ! AHAH

5.Posté par L'Ardéchoise le 11/04/2015 11:05
Encore un compte-rendu d'excellente facture !
J'ai fait comme le 4 et j'en ris encore.
................

6.Posté par Porto le 11/04/2015 20:28
@
2.Posté par 974
"Pokwé tourisme ? ? ? ? C'est kwé zot l'envie fais venir absolument des gens ici????"

Eu égard à ton commentaire ras de caniveaux, la réponse est on ne peut plus simple : c'est pour que tes enfants aient une éducation différente et complétement opposée de la tienne.

7.Posté par NINI le 12/04/2015 19:06
Post 2 : quand je lis ton commentaire ça me donne envie de vomir,

moin lé bien une créole , si mi dit a où que ou lé un (...) (car ou cache a où derrière un speudo) et ou va reste un (...) toute oute vie, si pou dire commentaire la merde, vaut mieux ou sa (...) sera mieux et oublie pas de manger , pffffff !!

8.Posté par JISMY le 15/04/2015 15:48
En attendant, les contribuables continuent à trimer, afin d'alimenter la CAF, qui continue à sponsoriser les pondeuses de ce genre de parasite.
Et ils touchent le RSA à rien faire, si ce n'est que d’opportuner ceux qui travaillent.

9.Posté par Jean le 15/04/2015 15:52
Excellent travail Mr Benard, on s'y croirait!
Votre verve et votre humour adoucit la noirceur et la bassesse de ce "band carapate la société"!

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