Société

Espèces animales envahissantes : Un arrêté ministériel pour 2013

L'inscription des hauts de l'île au patrimoine immatériel de l'Unesco a boosté la problématique des espèces exotiques envahissantes. Chargée de mission "Espèces exotiques envahissantes" depuis 2009 au sein de la DEAL (Direction de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement), Catherine Julliot dévoile le plan de lutte qui se trame actuellement aux plus hautes instances ministérielles. Le 21 décembre, le Comité national de protection de la nature doit valider la liste des espèces animales autorisées dans les milieux naturels de l'île. Son entrée en vigueur pourrait intervenir dès le 1er semestre 2013. Il offrira aux agents assermentés un appui juridique indispensable pour agir.


"Un arrêté ministériel concernant les espèces terrestres et aquatiques" est en projet
"Un arrêté ministériel concernant les espèces terrestres et aquatiques" est en projet
Zinfos974 : L'année 2012 a été marquée par une concertation avec les acteurs concernés par le dossier des espèces exotiques envahissantes. A quoi cette concertation va-t-elle aboutir ?

Catherine Julliot : Différents comités se sont tenus en début d'année. En avril, celui du "Comité scientifique régional pour le patrimoine naturel" (CSRPN) réunissant des personnalités scientifiques, et en mai la "Commission départementale de la chasse et de la  faune sauvage" (CDCFS), réunissant des personnalités qualifiées mais aussi des représentants des associations, des administrations et établissement publics concernés ainsi que des intérêts agricoles, sylvicoles et cynégétiques dont la liste est  arrêtée par la Préfecture. Ces comités devaient plancher sur un projet d'arrêté ministériel concernant les espèces terrestres et aquatiques (uniquement d'eau douce).

La liste est-elle arrêtée par les services de l'Etat ou par ces scientifiques et personnalités qualifiées ?
L'initiative vient de la DEAL qui propose un projet en fonction des différentes études qui ont été réalisées par ces partenaires.

Quelle est la suite logique de cette consultation locale ?
Le 3 décembre, je me suis rendue à Paris pour que notre dossier soit pris en compte par la commission faune du Comité national de protection de la nature. L'étape décisive intervient le 21 décembre lors de la commission plénière de ce comité. Au final, c'est un arrêté interministériel (entre les ministères de l'Ecologie et celui de l'Agriculture) qui est attendu. Si notre dossier est validé, nous espérons avoir cet arrêté pour le 1er semestre 2013.

Quelles sont les espèces concernées ?
La liste est très restreinte et concerne uniquement des espèces chassées ou pêchées. Pour la première fois, nous avons opté pour la mise en place d'une liste "positive". Cela revient à dire que "tout est interdit sauf...". A l'inverse, en métropole, en juillet dernier, ils ont décidé de lister 30 espèces interdites donc sous forme de liste négative.

Si ces espèces ne peuvent pas encore être dévoilées, quelles seront les limites de cette liste ?
On parle bien d'introduction d'espèces dans le milieu naturel. On n'a pas encore abordé la question des introductions d'espèces commerciales. Notre intérêt était que le préfet puisse prendre un arrêté qui serve de texte d'appui pour les agents de la Brigade nature Océan Indien (BNOI). La brigade est confrontée par exemple au développement de colonies de mainates, celle de l'Agame des colons au Port qui pose problème. Sans texte, on ne peut agir.

L'inscription Unesco a-t-elle accéléré l'intervention des services de l'Etat sur cette question ?
Mon poste de chargée de mission "Espèces exotiques envahissantes" a été créé en 2009 ; la question des invasions biologiques était connue mais moins prioritaire. Dès 2008, la feuille de route du Ministère pour les Diren des DOM mentionnait la question des invasions biologiques. La labellisation Unesco a également pointé du doigt ces espèces invasives décrites par l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Enfin, la stratégie de lutte contre les espèces invasives à la Réunion a été validée par le CRSPN à la fin 2011.

Espèces animales envahissantes : Un arrêté ministériel pour 2013
Qu'en est-il des espèces autorisées à la vente mais qui peuvent être relâchées par malveillance ou non ?
Un exemple : celui de l'écureuil de Corée qui était encore autorisé à la vente à la Réunion jusqu'à il y a peu de temps. Les agents de l'ONF en avaient retrouvé un dans la forêt du Maïdo. Il était en train de mourir de faim car ce n'était absolument pas son environnement. Ils l'ont capturé très facilement tellement il avait faim. L'arrêté attendu ne concerne pas les espèces domestiques, mais tous les NAC (nouveaux animaux de compagnie) qui sont parfois relâchés par leurs propriétaires lorsqu'ils n'en veulent plus.

Pourquoi attendre un arrêté ministériel alors qu'un arrêté préfectoral a suffi en juillet 2012 pour préciser la lutte contre les geckos de Madagascar ?
L'arrêté préfectoral a été rendu possible car un Plan National d'Action pour la sauvegarde du gecko Phelsuma inexpectata (dit de Manapany) avait été validé par le CNPN fin 2011. Depuis plusieurs années, il y a une réelle menace sur les populations de gecko endémique de la Réunion.

Comment peut agir la BNOI ?
Les agents de la brigade peuvent capturer les geckos exotiques mais ne peuvent agir dans les cours des particuliers sans leur accord. Il y a aussi l'association Nature OI qui peut intervenir ou les agents du Parc et de l'ONF en fonction de la zone concernée. En tout état de cause, cette lutte doit être menée par ces professionnels. Il n'y a rien de plus facile que de confondre un Phelsuma inexpectata et un Phelsuma grandis.

Ne sont-ils pas déjà hors d'atteinte ?
Eradiquer le phelsuma grandis de Madagascar : c'est trop tard. Par contre, on peut encore éviter qu'il ne vienne sur le territoire du Manapany. On est plus maintenant dans le contrôle des populations. Il aurait été bien d'avoir ce Plan de Lutte il y a dix ans de cela.

Ces autorisations ou ces interdictions font-elles des mécontents ?
Pour la faune, il y a une unanimité : il faut empêcher que ces espèces envahissent le milieu naturel, ce qui est, une nouvelle fois, très différent des espèces mises en vente. Par contre, il est plus compliqué de relayer la vigilance de la population sur la flore. Leur caractère ornemental qui plaît énormément les rend difficile à retirer des jardins des Réunionnais. L'exemple de la progression inquiétante de l'herbe de la Pampa en est l'illustration.

Une espèce est particulièrement visible dans l'Ouest, c'est celle de l'Agame des colons. Qu'est-il prévu?
On a besoin de l'arrêté ministériel pour proposer localement un plan de lutte contre l'Agame des colons. On aurait aimé le proposer dans le même arrêté préfectoral de juillet. Malheureusement, il n'entrait pas en compétition avec le gecko de Manapany.
Mercredi 19 Décembre 2012 - 15:47
ludovic.grondin@zinfos974.com
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1.Posté par almuba le 19/12/2012 15:04
Ils pourraient mettre les pigeons dans leur liste .
Ces volatiles dégradent tout et sont porteurs de germes.
Ils me semblent bien plus nocifs que les geckos.

2.Posté par Lionel Tilmont ♝ le 19/12/2012 15:17
["Un arrêté ministériel concernant les espèces terrestres et aquatiques" est en projet ]
Aucune information ne ressort de cette interview à part un aveu d'impuissance du comité si j'ai bien compris?

3.Posté par noe le 19/12/2012 15:48
Et les humanoïdes dans tout cela ?
Les tangues ? Chiens errants ? Raideurs qui abiment les sentiers et polluent ? Squateurs qui vivent en communauté ? ....

4.Posté par ecolo bobo pasteque le 19/12/2012 16:09
"l'agame des colons n'est pas concerné parce qu'il n'entrait pas en compétition avec le gecko de Manapany"

ces quoi ces conneries?
ces histoire de listes sont débiles et bureaucratiques: il faut demander la stérilisation systématique des animaux vendus en animalerie et à défaut les interdire.

5.Posté par Choupette le 19/12/2012 16:56
" ... un Phelsuma inexpectata et un Phelsuma grandis."

Vous n'pourriez pas vulgariser ces termes pour qu'on puisse faire la différence ?

S'il s'agit de ces mini-crocodiles qui infestent la côte ouest, vous pouvez y aller franco.

Mon chien s'occupe de nos caméléons-pays.

6.Posté par Dr Anonyme le 19/12/2012 17:02
Question : est-ce que les chauve-souris porteuses saines des virus de la dengue, du chick, de la rage, de la peste, du paludisme, de la filariose de Bancroft sont nuisibles ou utiles ?

http://www.rfi.fr/science/20120522-chauves-souris-reservoir-virus-reemergents

7.Posté par Sans Blague le 19/12/2012 18:39
"Les agents de la brigade peuvent capturer les geckos exotiques mais ne peuvent agir dans les cours des particuliers sans leur accord"
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Et les agents du SPANC, qui peuvent "entrer disons quasi de force" dans les cours des particuliers, ils agissent contre quoi.....?

8.Posté par Thierry le 19/12/2012 20:03
Pour les NAC et éviter que l'on ne les retrouve jetés par les fenêtres, la loi devrait imposer la pose de puce ... ce qui ferait qu'un animal dans la nature récupérer par la BNOI ... traçabilité jusqu'au propriétaire qui aime les animaux en liberté ... pour s'en débarrasser ...

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