Justice

Escroc à 26 ans… et encore. Mais déjà un très lourd passif

Correctionnelle Sud – Jeudi 11/05/2017


Romain H. semble timide. Les mains sagement croisées, tête basse, ce jeune homme de 26 ans en paraît à peine 18 avec sa chevelure à-ras-mais-pas-trop.

Durant le seul mois de septembre 2015, il est accusé d’avoir escroqué, entre Petite-Île et Saint-Joseph, une foule de gens qui avaient misé sur sa bonne mine. Ils ont une excuse : ils ne savaient pas que ce jeune homme bien sous tous rapports avait déjà un CV judiciaire plein comme un œuf : vols divers, délits routiers, escroqueries en tout genre, avec beaucoup de prison à la clef.

Minm’ in moustique lé plus fort !

Cette fois, en moins de 30 jours, il a volé des bijoux, des ordinateurs, des cartes bancaires ; il a aussi acheté sans le payer un véhicule sur un site de vente d’occasion très (trop) connu sur internet. Un site connu comme « Le B. C. », le « Baiseur de couillons », disent les moins féroces des commentateurs.

Il a contrefait les chèques volés et, comme le mignon n’est pas franchement égoïste, il a acheté une machine-à-laver pour sa maman. Avec un chèque contrefait, cela va sans dire mais cela va encore mieux en le disant.

Mais là, il a commis une erreur, de taille :

Alors qu’il est gros comme un coucou déplumé, il a voulu se castagner avec des vigiles, un soir à Saint-Pierre, alors qu’il sortait d’une boîte de nuit raide comme un passe-lacet. Aux innocents les mains pleines et c’est littéralement son cas.

Dans sa sacoche, les policiers on trouvé quelques-uns des objets subtilisés chez ses récentes victimes. Il n’en fallait pas plus : perquises etc. Refait comme un petit LU, il avoue ses larcins.

Où est le fusil ?

C’est là, à la barre, que l’on découvre que ce jeune homme en apparence timide est en réalité plus volubile qu’un martin bien dressé. Il tente de noyer le poisson, à savoir le tribunal, sous un flot de paroles aussi stériles que souvent incompréhensibles.

Pour sa défense, il prétend que lui faisait le guet pendant que ses copains farfouillaient la case sur laquelle ils avaient jeté leur dévolu. Si les chéquiers volés étaient en sa possession, c’était juste parce qu’il était le seul assez intelligent, le seul apte à en faire quelque chose de juteux.

Les surprises vont crescendo au fur et à mesure de l’enquête : il a volé des chéquiers, des objets électroniques, soit, mais aussi un fusil par exemple, des passeports, des cartes d’identité. Ce qui correspond à une nécessité vitale pour tout monte-en-l’air qui se respecte : les commerçants réclament une pièce d’identité avant d’accepter un chèque d’un inconnu. Lui, il sait. Donc on embarquait aussi les précieux documents d’identité. CQFD !

L’expérience, il n’y a que ça de vrai. Entre la prison et les agapes nocturnes, lui et ses potes réinventaient la formation en alternance.

Un mystérieux « parrain » jamais identifié…

Ses excuses sont assez faibles, du style : « La voiture était arrêtée… la maison semblait vide… mes copains se sont servis… j’ai pris ce qu’il y avait à prendre… je traversais une mauvaise période… je présente mes excuses… »

Il présente ses excuses à sa seule victime présente à l’audience, laquelle a bien failli lui faire rendre gorge au propre et en plein tribunal. On a bien failli assister à un meurtre en direct. Dommage… (P.S. : ne le prenez quand même pas au 1er. degré !)

On apprend en collatéral qu'« il y aurait un complice fort de 12 années de taule, qui dirigeait tout ».

« Il existe vraiment, ce complice ? » s’enquiert la présidente Peinaud, moue dubitative à l’appui.

Lui jure que oui mais, fidèle à une loi de SON milieu, ne donne aucun nom, aucune précision. L’omerta façon créole, cela s’appelle « bouch ton ki sinon totion pangar ! »

« Je suis un héros, moi, madame ! »

En attendant que d’autres convocations le ramènent devant ce même tribunal (c’est prévu aux cimaises de la loi), Romain entend une de ses victimes, pilote d’hélicoptère, le clouer au pilori de façon poilu de Waterloo : cet autre bavard, hargneux, a même des mots qui font rire franchement les juges, le procureur…. et le public.

Pensez donc : « Je suis allé en mission aux TAAF, moi, madame ! » On ne saisit pas bien le rapport mais enfin… On note au passage une lacune immense dans la Constitution française : la Croix TOE pour services au péril de sa vie dans les Kerguélen. Avis au nouveau président !

Le procureur Saunier a insisté sur le curriculum vitae déjà bien chargé de notre Arsène-Lupin-calibre-little-size.

Le tribunal s’est fendu de 8 mois de prison dont 5 avec sursis et mise à l’épreuve (ça mange pas d’pain) ; obligation de travailler (ça coûte rien de l’dire) ; obligation de réparer les torts divers (et nombreux mais avec quoi ?) ; et 2000 euros de dommages-intérêts au héros des TAAF. Qui n’en a pas semblé autrement satisfait.
Samedi 20 Mai 2017 - 12:44
Jules Bénard
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1.Posté par Léonidas le 20/05/2017 19:36

Le problème de cet article, c'est que vous prenez le risque,en relatant les faits ainsi,de le rendre sympathique...Ah, les limites de l'info...

2.Posté par Jules Bénard le 21/05/2017 09:35

à posté 1 "léonidas" :

Heureusement, et je vous remercie de mettre me doigt dessus... que ceux qui me font l'honneur et le plaisir de me lire... sont des personnes sachant comprendre le second degré !

Et que ceux qui me font la grâce de me publier savent lire et comprendre.

Vous me vouez vraiment aux Gémonies ?

Oté cousin, talèr boug-là i vient rôde à ou, là !

3.Posté par jean claude payet le 21/05/2017 18:03

moi il me parait pas sympathique juste representatif...

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