Société

Enis Rockel revient sur l'histoire de l'aviation réunionnaise

Lors d'une conférence qui a eu lieu le samedi 3 mai à la médiathèque de Saint-Pierre, Enis Rockel, historien et membre associé de L'Académie de L'île de La Réunion, est revenu sur l'histoire de l'aviation dans l'île. Quelles en ont été les grandes lignes ?


Gillot
Gillot
Lors d'une conférence donnée à la médiathèque de Saint-Pierre, Enis Rockel a dressé l'historique de l'aviation de la Réunion depuis Roland Garros et les premiers avions à la création d'Air Austral dans les années 2000. Voici les principaux points historiques qui ont marqué la Réunion selon l'historien.

Il ne pouvait évidemment pas retracer l'histoire de l'aviation à la Réunion sans aborder, introduire, le sujet du pilote Roland Garros. Cet aviateur français est né à Saint-Denis le 6 octobre 1888 et a été lieutenant pilote pendant la Première Guerre mondiale. Il est aussi le premier a effectuer la traversée de la Méditerranée en avion, le 23 septembre 1913.

À Rio, au Brésil, il initie plusieurs officiers brésiliens en leur donnant un baptême de l'air. Plus tard, ces mêmes officiers composeront l'aviation militaire brésilienne. Il sera fait prisonnier de guerre sous l'occupation allemande ce qui dégradera fortement sa santé. Finalement, le  , il s'écrase peu avant ses 30 ans, dans un combat aérien causant l'explosion de son appareil.

Roland Garros à 17 ans
Roland Garros à 17 ans
Les premiers vols de l'île

Trois pilotes contemporains ont décidé de venir sur l'île par la voie des airs. Parmi eux, Marcel François Goulette, né le 7 décembre 1893 à Charmes, dans les Vosges, un ingénieur de l’École des Arts et Métiers de Châlons, en 1914. Il devient capitaine de l'aviation militaire durant la Première Guerre mondiale. D'après le passionné d'histoire, c'est un "sacré personnage" puisque par trois fois il est décrété mort par les médecins... 

Mais aussi, René Marchesseau, adjudant-chef et pilote, et Jean-Michel Bourgeois placé sergent-chef et mécanicien.
Ce sont ces trois hommes qui, inspiré par deux raids à Madagascar accomplis en 1929, posent le premier avion sur le sol réunionnais le 26 novembre 1929.
Ce jour là, 150.000 personnes sont venues de toute l’île pour voir Farman-192 atterrir, en provenance du Bourget d'où il avait décollé le 17 octobre 1929.

Le voyage de l'équipage fut semé d'embûches et après un arrêt prolongé à Madagascar à partir de 10 jours de vol, l'avion se pose enfin à la Réunion après périple d'un peu plus d'un mois.

Goulette Marcheseau et Bourgeois devant le Farman-192
Goulette Marcheseau et Bourgeois devant le Farman-192
Les aviateurs réunionnais

Dans la liste des aviateurs réunionnais on retrouve les Samat, une véritable famille de pionniers puisque le père, Alix, introduit la byciclette dans l'île à la fin du XIXe siècle et que son fils, Maurice, importe la première voiture, la Peugeot Teuf-Teuf le 12 janvier 1900. Le jeune Samat ne s'arrête pas là cependant puisqu'il achète un avion en France le 12 mai 1933 qui arrive à La Réunion par le Leconte Delisle en juillet 1933. Le premier appareil réunionnais est un Potez qu'il a baptisé "Monique" en l'honneur de sa fille. Le mardi 11 juillet 1933 il effectue le premier vol sur le terrain de la Possession ce qui attire la foule, curieuse.
A tel point que le 23 juillet 1933 un train spécial amène des gens sur le terrain de la Possession pour assister au baptême de son avion.

Création de l'aéroclub Roland Garros
 
Un mois après le premier vol historique du Monique, l’Aéroclub Roland Garros est créé le 10 août 1933 et compte 58 membres qui s'installent à Gillot le 20 août. A sa tête, Maurice Samat, Emile Hugot, Paul Garros (oncle de Roland) et Paul Lemerle dirigent l'administration. Ses premiers pilotes sont Maurice Samat, Paul Lemerle, Frédéric Adam de Villiers, Emile Albany, Emile Hugot, et Jean Hily.

Trois usiniers membres de l'Aéroclub, dont Armand Adam de Villiers et Emile Hugot, sont à l'origine de l'ouverture de nouvelles pistes. En janvier 1934, ouvre celle de Grands Bois, en 1935 celle de la Plaine des Cafres au mois mai, et de Saint-Joseph et du Gol au mois de novembre. L'année d'après ce sont les pistes de Savanah et de Stella qui font leur apparition.

L'aviation réunionnaise est en pleine expansion à cette époque. Enis Rockel évoque même des dizaines de baptêmes de l'air "mémorables" à Grands Bois entre le 3 et le 4 février 1934.
 
Premiers vols mais aussi tragédies

De nouvelles expéditions aériennes vont aussi avec leurs lots de drames...  Jeudi 4 octobre 1934, le pilote Jean Hily disparaît en mer alors qu'il revient de l'île Maurice avec deux passagers à bord, M. Esther qui a 22 ans et M. Salojee, un commerçant à Saint-Denis. Peu de temps après, le 2 novembre 1934, Paul Lemerle décolle pour aller jeter une gerbe de fleurs à la mer en hommage à son confrère mais il ne reviendra pas non plus...

Cependant, ça n'arrêtera pas pour autant la croissance de l'aviation réunionnaise puisque des années plus tard, Émilien Adam de Villiers, fondateur de l'aéroclub du Sud le 28 décembre 1970, achète trois nouveaux avions.

M. Samat et le Potez Monique
M. Samat et le Potez Monique
Retour sur la saga des compagnies

Qui dit ouverture de nouvelles pistes, dit affluence extérieure et donc de compagnies aériennes françaises. Les premières à desservir la Réunion sont la société des lignes de groupe Latécoère (équipementier aéronautique) et la compagnie générale aéropostale. La mythique compagnie Air France n'arrive sur l'île que plus tard.

Après quelques année de monopoles, des concurrents apparaissent sur la ligne Afrique – Madagascar. Aigle Azur en 1946 puis Air Madagascar en 1947, compagnie fondée par les trois Français Roger Gallois, Gabriel Pain et Louis Raynaud. En 1948, les TAI (Transport Aériens Internationaux) arrivent à La Réunion, puis l'UAT  (Union Aéromaritime de Transport) en 1955. Entre 1961 et 1992 Air France récupérera le monopole en s'affiliant à Air Madagascar et rachetant la fusion des TAI et de l'UAT de 1963.
 

Émilien Adam de Villiers
Émilien Adam de Villiers
Point-Air brise la concurrence

En 1974, Pierre Lagourgue, Gilbert Gérard, Maurice Freund et bien d’autres brisent le monopole d’Air France et contribuent à la naissance d'une première compagnie concurrente, sous la forme de charter, le Point-Mulhouse, qui devient aussitôt Point-Air. Le premier vol Mulhouse-Réunion réunit 252 passagers et arrive dans l’île le 14 juillet 1983. Une date symbolique inspirant Enis Rockel qui compare "la brèche à la toute puissante Compagnie Nationale par une poignée de Réunionnais" à "la prise de la Bastille par les Révolutionnaires".

Une autorisation, donnée par l’Aviation civile, exigeait un départ de l’étranger et un taux de minimum 50% des passagers étrangers pour un vol de Point-Air afin de ne pas créer une trop forte concurrence. Seulement, en 1986, il y a un assouplissement des autorités et une autorisation est accordée à Point-Air, pour rallier la Réunion à partir de Paris et de Nice. Le 2 juillet 1986, arrive à Gillot un premier vol venant de Nice.

Ils créent l'association ESF (Échanges Sans Frontières) en 1980 pour fragiliser le monopole et imposer une baisses des prix du billet. Point-Air propose un billet à 4.500 francs incluant deux nuits d’hôtel, contre un billet sec à 6.700 francs pour Air France. Avec ces prix imbattables, la fréquence de vol passera dès la fin 1983 à deux fois par semaine.

Cependant, Maurice Freund, qui avait des alliés au gouvernement sous Mitterand, perd toute protection sous le gouvernement Chirac en 1986. Accusé d'entorses mineures, sa flotte est paralysée, obligeant l'histoire de Point-Air à s’arrêter en février 1987.
 
En 2003, l'apparition d'Air Austral

Pierre Lagourgue devenu président du Conseil Régional rêve toujours d'une vraie compagnie aérienne régionale. Avec l'aide d'un vieil ami, Gérard Ethève, un grand pionnier lui aussi, il élabore un nouveau projet.

Depuis octobre 1974, Gérard Ethève avait déjà créé une petite compagnie régionale pour desservir les îles Éparses à la demande de la Préfecture et des services de la Météo. D'abord avec des opérations commerciales en mars 1975, sous le nom de Réunion Air Service, puis en en août 1977, il se met à desservir Mayotte.

La compagnie est rebaptisée Air Réunion en 1986 puis Air Austral en 1990. En 1997, elle inaugure des vols directs vers Harare, au Zimbabwe, une destination qu'elle abandonne en 2000. Elle fait l'acquisition la même année de son premier ATR-72. Au départ, elle se concentre sur les moyens courriers de la zone Sud-Ouest de l'Océan Indien notamment avec des vols directs vers le Zimbabwe jusqu'en 2000. Le 28 juin 2003, Air Austral dessert enfin l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle avec deux Boeing 777-200ER.

Pierre Lagourgue
Pierre Lagourgue
Mercredi 7 Mai 2014 - 11:58
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1.Posté par pour infos... le 07/05/2014 14:39
L'histoire est un domaine qui ne souffre guère de l'à-peu près ni d'approximations. Quant on se pique d'être "historien" et de distiller ses connaissances à ses contemporains, il convient de respecter certains fondamentaux et de faire preuve d'exactitude, au risque de se fourvoyer et, pire, d'induire en erreur ceux qui vous font une confiance quasi-aveugle.

Ainsi, lorsqu'ils atterrissent le 26 novembre à 12 h 30, les trois aviateurs arrivent non pas du Bourget, mais de Tamatave.

Ils avaient effectivement décolé du Bourget 10 jours plus tôt et avaient dans un premier temps gagné Tananarive en 10 jours 8 heures et 40 minutes. Puis, c'est depuis Tamatave, après avoir ajouté des réservoirs supplémentaires pour avoir une autonomie de 1 500 km (soit deux fois la distance à parcourir) qu'ils ont rallié la Réunion.

Quant à l'avion, si l'on en croit Alain Hoareau, historien émérite de l'aviation réunionnaise, il s'agissait d'un Farman 190 (et non 192, version qui fut construite ultérieurement). Cet avion, sorti d'usine l'année précédente, avait été acheté par Marcel Goulette et était immatriculé F-AJJB.

Comme il n'existait pas de terrain d'aviation à la Réunion, une piste sommaire fut aménagée à Maperine sur un terrain appartenant à Philidore Payet.

Enfin, affirmer que cet évènement attira "plus de 150 000 personnes" relève de l'imagination la plus débridée. Certes, l'atterrissage du Farman 190 draina une foule innombrable. Mais en 1929, la population réunionnaise était de 186 837 habitants...

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