Société

Endémique, le Petit tamarin des hauts ne pousse plus depuis les incendies du Maïdo

Le massif des Hauts-sous-le-vent n'en a pas fini de panser ses plaies. Les agents du Parc national qui ont lancé un diagnostic écologique post incendie sont globalement optimistes quant à la reprise des espèces indigènes ou endémiques. Un seul point noir inquiète les spécialistes : l'espèce de Petit tamarin des hauts (Sophora denudata) ne pousse plus. Précisions avec Guillaume Payet, chargé de mission sur les actions de restauration post-incendie.


Le Sophora denudata voit son territoire grignoté incendie après incendie
Le Sophora denudata voit son territoire grignoté incendie après incendie
Zinfos : Deux ans après le premier incendie du Maïdo, le massif des Hauts-sous-le-vent est-il toujours l'objet d'une surveillance écologique ?
Guillaume Payet : Oui, nous avions lancé à la suite du premier incendie un diagnostic écologique qui a lui-même été élargi, malheureusement, suite à l'incendie 2011.

En quoi consiste ce diagnostic ?
Il s'agit d'un état zéro de la zone incendiée qui va nous permettre de suivre l'évolution naturelle des espèces de plantes dans le temps dès les six premiers mois après incendie, puis un an, deux ans etc…

Que révèlent les premières constatations ? Comment se débrouille la nature ?
Notre constat est plutôt optimiste. La dynamique de recolonisation se fait naturellement. On constate que les espèces indigènes repartent toute seule. Le branle blanc, le branle vert, le thym marron, le tamarin des hauts repoussent sans l'intervention de l'homme. Notre inquiétude va pour le Petit tamarin des hauts pour lequel nous n'avons relevé aucun signe de reprise sur les zones incendiées.

En quoi cette espèce est importante aux yeux des botanistes ?
Le Petit tamarin des hauts est une espèce, d'une part endémique de la Réunion, mais aussi très rare puisqu'elle pousse dans un étage de végétation dit "étage altimontain", soit entre 1900 et 2400m d'altitude uniquement. Hormis dans la forêt située au niveau de la planèze des hauts de l'Ouest, on la retrouve à la Roche écrite mais aussi sur le massif du volcan vers la Plaine des Cafres. Les stations du petit tamarin ont diminué en surface sans doute à cause des feux de forêt répétés mais aussi à cause du phénomène d'invasion biologique.

Quelles espèces sont favorisées après un incendie ?
La plupart des espèces indigènes se régénèrent très bien après incendie. Mais les espèces exotiques, c'est-à-dire celles qui sont arrivées par l'action de l'homme, reprennent plus vite que les indigènes. Elles sont plus compétitives. Une espèce en particulier présente la  caractéristique d'être pyrophile, ce qui signifie que la dormance et la germination de ses graines sont favorisées par le feu. C'est le cas de l'ajonc d'europe, dont la banque de graines dans le sol peut atteindre les 60.000 graines (sur 1m carré) qui sont en dormance et cela rien qu'à partir d'un seul plant ! Une première cartographie de l'ajonc d'europe avait été réalisée en 2004 par l'ONF et la Région. Ce que l'on peut dire 8 ans plus tard c'est qu'il n'a cessé de gagner du terrain, ce qui n'est pas étonnant.

Le Petit tamarin des hauts se plaît uniquement "à une altitude située entre 1900 et 2400m"
Le Petit tamarin des hauts se plaît uniquement "à une altitude située entre 1900 et 2400m"
Comment agissent les acteurs de l'environnement ? Parc, ONF ?
Au Parc, nous commençons par nous appuyer sur les cartographies aériennes des zones supposées brûlées et celles qui ne l'ont pas été par une méthode de photo-interprétation, en comparant une image d'avant incendie à celle d'une autre post-incendie. Cela nous permet de savoir, avant d'aller sur le terrain, si ces zones ont été réellement brûlées. Une fois sur le terrain, nous procédons à des vérifications de nos prédictions faites au bureau. Ce travail est primordial dans la réalisation des différentes cartes des types de feu ou encore des types de végétation. Par ailleurs, ce travail va nous servir à positionner un dispositif de suivi scientifique (selon la méthode des placettes).

Combien de zones sont placées sous suivi scientifique ?
En 2010, nous avions 16 placettes disposées aléatoirement sur les pentes du Maïdo. Suite à l'incendie 2011, nous pensons élargir ce dispositif et l'étendre sur une plus grande surface.

Cette "photo-interprétation" couplée à la vérification sur zone a-t-elle révélé des différences notables ?
En effet, pour l'anecdote, les retours de pompiers qui survolaient les zones incendiées étaient légèrement différents de ce qu'on a pu finalement constater. On est ainsi passé d'un chiffre de 2.800 hectares brûlés à un chiffre moindre de 2.500 ha.

Après le constat, comment agit le Parc en collaboration avec l'ONF ?
Le Parc national intervient en appui scientifique du gestionnaire ONF. L'expertise scientifique du Parc doit orienter les actions de restauration du milieu orchestrées par les agents de l'ONF. Un exemple : nous avons établi avec l'ONF des priorités d'action permettant de cibler les arrachages des ajoncs sur telle zone plutôt que sur celle-là, beaucoup moins intéressante sur le plan de la valeur patrimoniale. Le seul gestionnaire reste l'ONF. Mais en coeur de parc, l'ONF doit nous consulter sur les méthodes employées pour l'élimination d'une espèce par exemple. Devant l'étendue des zones à traiter, il faut prioriser les zones d'action. Les massifs des Hauts-sous-le-vent, c'est tout de même une vingtaine de fougères et autres orchidées identifiées comme rares et menacées aux niveaux régional et international.

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Attention : le Petit tamarin des Hauts (Sophora denudata) est bien différent du Tamarin des Hauts (Acacia heterophylla). Ils sont de la même famille (Légumineuse) mais n'ont strictement rien à voir.
Jeudi 6 Décembre 2012 - 10:58
ludovic.grondin@zinfos974.com
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1.Posté par noe le 06/12/2012 10:00
C'est très grave !
Mais n'a -t-on pas quelques plants dans nos serres ?

2.Posté par lebreton, gonthier, marylene et les 88 membres du CA le 06/12/2012 10:08
tout cette histoire de greve du petit tamarins des hauts, c'est une politisation du dossier

3.Posté par COMPLÉMENTS D’ENQUÊTES!!!. le 06/12/2012 10:57
allez savoir ce qui se passe dans la tête de ces fripouilles pour attirer le fric a leur pieds!!.

4.Posté par Lionel Tilmont ♝ le 06/12/2012 11:44
Pendant ce temps les pieds nickelés du Pandathlon relâchent des espèces de Madagascar, d'Amérique du Sud, d'Asie, véritables pestes végétales dans la nature sous couvert de reforestation du Maïdo bien entendu (palmiers multipliants, Ravinala, duranta, ixora nain) ...

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