Elie, le RévoltéEn 1810, l’Ile de la Réunion vient de perdre son nom de Bonaparte, elle est sous domination anglaise. La France et la majeure partie de l’Europe continentale sont dans les mains de Napoléon Bonaparte. Le gouverneur est Sir Farhquar qui ne reste que quatre mois dans l’île. Il rejoint l’île Maurice elle aussi Anglaise, et laisse les commandes au Général Keating. Ces nouveaux occupants sont, selon la formule consacrée, une main de fer dans un gant de velours.
Chacun sait que l’Angleterre, partie intégrante de la Grande Bretagne depuis 1801, est farouchement opposée à la « Traite des Noirs ». Aussi, les colons appréhendent ce changement. Ils craignent de ne pas pouvoir remettre les champs en état après les grandes avalasses de 1806 et 1807 et des cyclones qui ont détruit toutes les plantations. La plupart d’entre eux est ruinée. C’est le premier groupe de Blancs pauvres qui se réfugient dans les Hauts refusant de travailler pour l’autres Blancs auprès des esclaves. Le café est en mauvaise posture. Le pouvoir anglais s’intéresse à la canne à sucre qui a fait ses preuves aux Antilles et dans les autres colonies.
Les Anglais sont pour l’abolition de l’esclavage et se montrent fervents défenseurs de la cause des esclaves. Ils croisent sur l’Océan Indien à la recherche et à la poursuite des négriers. Ces courses poursuites produisent parfois l’effet inverse de ce que souhaitent les abolitionnistes. En effet, sur les navires pris en flagrant délit, pour ne pas payer de taxes, il n’est pas rare de voir les marins se débarrasser de la « marchandise ». Hommes, femmes et enfants poings liés sont jetés à la mer. Les esclaves voient en cette arrivée des Anglais, une possibilité de libération et espèrent un changement immédiat de leur situation. Cependant, les colons persuadent les Anglais à ne pas provoquer de grandes modifications dans l’île. Ainsi pour éviter le mécontentement des esclaves et la possibilité d’un mouvement de colère de leurs parts, ils affranchissent un certain nombre d’entre eux. Ils sont assurés de maintenir le calme tant au niveau des esclaves que de leurs maîtres qui détiennent l’économie, d’autant que La Réunion est le grenier des Mascareignes. Saint-Leu abrite 90 % d’esclaves dans ses plantations. Alors déçus, les esclaves réagissent. Quelques groupes s’organisent.
Dans la nuit du 4 novembre 1811, un certain Jean, commandeur créole de M. Maillot, rassemble dans la Ravine du Trou vers Saint-Leu, quelques meneurs destinés à encadrer les troupes. Bien plus que cent esclaves, deux cents d’après l’historien Prosper Eve, sont prêts à attaquer les habitations, pour gagner leur liberté. Figaro, esclave créole de la veuve Legrand dénonce le complot à Saint-Louis et précipite la date de l’attaque. Le 5 novembre, Jean et 50 autres esclaves sont arrêtés et transférés à Saint-Paul. Elie prend le relai, aidé de Gilles et Prudent. La révolte est en marche.
Dans la nuit du 8 au 9 novembre 1811, Elie et plusieurs autres fondent sur l’habitation de Célestin Hibon, ils ne trouvent pas. Ils tentent de rameuter les esclaves de cette habitation. Ils raflent alors des outils et objets qui leurs serviront d’armes pour attaquer les autres domaines. Ils se dirigent alors vers celui de Jean Macé qu’ils abattent, pendant que sa famille s’enfuit. Les révoltés décidés de mettre fin une seule fois pour toute à l’esclavage, progressent encore vers les autres plantations, celle de Pierre Hibon est défendue par ses esclaves. Dans chaque habitation, ils essayent d’amener les esclaves à les rejoindre. Chez Pierre Hibon, ils s’arment une nouvelle fois. Armel Macé qui est abattu à son tour chez lui. Paulin, a assisté impuissant à l’assassinat de son maître Armel Macé. Il se rend à Saint-Leu pour prévenir des évènements. Une petite milice de colons armés se forme instantanément et se met à la poursuite des mutins. Ils installent un guet-apens et parviennent à arrêter les révoltés en tirant à vue. Une vingtaine d’entre eux est tuée. Certains seront pris et enfermés, et les autres encore sont pourchassés avant d’être emprisonnés à leur tour et d’être traduits en justice. Le procès se déroule dans la Cathédrale de Saint-Denis. Le gouverneur Farhquar se déplace dans l’île. Trente condamnations à mort seront prononcées. Les condamnés seront exécutés dans toutes les régions de l’île à titre d’exemple.
Sources :
Le grand livre de l'esclavage -Gérard Thélier et Pierre Alibert Orphie éditions -2002 Le Mémorial de La Réunion - Australes Editions 1978/1980 Doc. Prosper Eve L'Alliance imaginée : La révolte des esclaves et des petits créoles dans la mémoire réunionnaise - H.Gerbeau - IEP et CERSOI- Université d'Aix Marseille Samedi 12 Décembre 2009 - 08:01
Sabine Thirel
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