Société

Dominique Sorain : "Le 20 décembre, c’est aussi la victoire des valeurs de la République"

La commémoration de l’abolition de l’esclavage s’est tenue le 20 décembre 2015 à Saint-Denis. À cette occasion, le préfet de La Réunion, Dominique Sorain, a prononcé un discours. Retrouvez-le en intégralité ci-dessous :


© Préfecture de La Réunion
© Préfecture de La Réunion
Le 20 décembre 1848, lorsque Sarda Garriga proclame l’abolition de l’esclavage sur l’île de la Réunion, plus de la moitié de la population de l’île est composée d’esclaves. Aussi le 20 décembre est-il une date emblématique pour les réunionnais. Le 20 décembre célèbre, dans les mots de Leconte de Lisle et du collectif des Jeunes créoles de la Réunion, « un grand acte de justice de et de fraternité ».

Consacré depuis une loi de 1983, le 20 décembre, fête de la liberté, nous rassemble pour commémorer l’abolition de l’esclavage et la fin des contrats d’engagement qui lui ont succédé jusqu’au début du 20ème siècle. Aujourd’hui l’île va vibrer au son du maloya dans une ambiance festive pour garder la mémoire de cette part de notre histoire qui doit être rappelée, enseignée et assumée. Depuis 4 ans, les collégiens et lycéens réunionnais s’en sont d’ailleurs remarquablement saisis à travers le concours « traites , esclavage et abolitions ».

Mais la commémoration n’a de sens que si elle continue à apporter des réponses. Nous sommes ici ce matin pour nous souvenir, mais aussi pour répondre collectivement de notre avenir. Fête de la liberté, le 20 décembre, c’est aussi la victoire des valeurs de la République.

En commémorant la proclamation de l’abolition de l’esclavage, nous nous ancrons dans une lignée d’hommes et de femmes qui ont lutté pour porter l’idéal de liberté et d’égalité. Nous reprenons pour notre compte cet idéal de la France, pour qu’il ne soit pas celui qui « fut » mais celui qui « est ». Pour qu’il ne soit pas qu’un souvenir, mais un principe d’action, encore aujourd’hui.
On frémit en se souvenant de ces dizaines de milliers de personnes, arrachées à leur terre natale, pour être asservies au profit du commerce, de la richesse de quelques-uns. On frémit en se souvenant de la complicité des institutions, qui ont mis en place les conditions permettant ce commerce. On frémit car on se souvient d’une blessure de notre histoire de France, d’une page d’ombre, dont il faut se souvenir.
Mais frémir ne suffit pas. Cette page d’ombre, aussi terrible soit-elle, doit être rendue utile. Ne pas oublier implique pour nous tous, collectivement, le devoir de ne pas recommencer.

La tradition de la commémoration n’est pas un vain exercice intellectuel ou festif. Il s’agit d’une posture active, d’un moment ménagé dans nos vies où nous pouvons chacun nous souvenir que la lutte contre la violence et l’asservissement demeure un combat du présent et que nous avons tous notre part de responsabilité dans ce combat pour la liberté et l’égalité.

Déjà à l’époque, l’abolition de l’esclavage du 20 décembre n’avait pas suffi : l’engagisme réduisant des dizaines de milliers de personnes à des conditions de travail misérables et liberticides avait immédiatement pris la suite .

Aujourd’hui, les récents attentats de Paris nous montrent toute l’actualité de la lutte pour la liberté, face à l’idéologie du djihadisme, qui a frappé notre pays, notre chair. Cette barbarie, cette folie, asservit les innocents et les auteurs des violences. Elle annihile la liberté d’expression mais aussi, plus primitivement, la liberté d’aller et venir de concitoyens. Elle annihile aussi chez certaines personnes manipulées par d’autres, la liberté de conscience et la liberté de religion. Lutter contre cet asservissement de l’idéologie est un projet de société, qui nous englobe tous et doit nous souder.
Car le complément naturel de la liberté, c’est la responsabilité.

La commémoration du 20 décembre nous rappelle notre devoir de citoyen français. Celui de s’engager au service de notre collectivité, locale ou nationale, au service de l’intérêt général. Maintenir le civisme reconnu de notre île implique ainsi, de la part de chaque Réunionnais, un effort constant, de chaque jour. Elle nécessite une démarche volontaire et active. Le civisme est l’affaire de tous !


Au-delà du rappel de l’idéal de la France que nous faisons nôtre, la commémoration du 20 décembre est aussi un moment formidable de convivialité. Elle rythme notre vie en commun, qui à La Réunion est d’une exceptionnelle qualité et nous rappelle à l’esprit la fraternité qui la sous-tend.

Sarda-Garriga, lorsqu’il rédige son décret, écrit que « droits et devoirs sont partagés, et il n’y aura pas d’opposition entre l’une et l’autre population ». Ce que cette commémoration nous rappelle, c’est qu’il n’y a, il ne peut y avoir, deux populations, aux statuts différents. L’égalité et la liberté, proclamés par notre Constitution, ne sont que peu de choses si la fraternité ne vient pas les faire vivre.

La Réunion perpétue cet esprit en regroupant des personnes d’origines diverses réunies par leurs valeurs.
« Je n’ai pas une goutte de sang français mais la France coule dans mes veines » écrivait Romain Gary. Voilà la vraie fraternité ; non pas la fraternité du sang, mais la fraternité qui nous rassemble par les valeurs que nous partageons, où nous nous retrouvons.


Nous sommes tous les héritiers, les garants et les dépositaires de ce formidable esprit de fraternité. Rien ne doit nous séparer en tant que peuple français. Notre esprit de fraternité, si délicat à imposer par la force de la loi ou de la réglementation, doit perdurer. C’est un effort au service duquel l’Etat a tout son rôle à jouer. C’est un effort qui dépend de chacun de nous, de chacun de vous.

Cette fête est pour nous la fête de la liberté et de l’égalité dans la fraternité. Nous devons prendre conscience de la haute exigence de responsabilité qu’impose notre héritage. Il appartient à chacun d’entre vous, d’entre nous, de s’en pénétrer. Ce sont ces valeurs qui nous permettent de lutter contre la barbarie moderne, telle qu’elle s’est exprimée le 13 novembre dernier. En faisant vivre notre idéal, de manière si particulière dans un esprit de fraternité à La Réunion, nous luttons contre les barbares qui veulent nous en déposséder. Les valeurs républicaines qui nous réunissent aujourd’hui pour cette commémoration nous devons les porter haut et loin. La liberté, l’égalité, et la fraternité ne sont jamais un acquis, ni une garantie. Elles restent toujours à défendre. Nous devons nous en souvenir.

Puissions-nous, comme ces jeunes créoles appelant de leurs vœux et de leurs vers l’abolition de l’esclavage, répéter inlassablement ceci, et je les cite : « nous sommes les enfants du présent. Nous nous présentons devant vous dans l’espoir que vous nous permettrez de nous associer au grand mouvement que la France vient d’imprimer au monde entier ».

Que cette fête qui nous rassemble soit l’occasion de nous pénétrer de la solennité qu’elle prend lorsque nous contemplons les défis que nous relèverons ensemble. Nous sommes, vous êtes, les héritiers du passé, et les enfants du présent.


Dominique SORAIN, Préfet de La Réunion

Lundi 21 Décembre 2015 - 07:20
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1.Posté par Simandèf le 21/12/2015 07:03
Pour noyer le poisson, on mélange tout comme d'habitude.

2.Posté par Garda sa rigueur le 21/12/2015 07:14 (depuis mobile)
Ne pas respecter une décision du conseil d état..c est quoi? Être républicain? Ou se comporter comme un gouverneur d un autre temps?

3.Posté par Stop le 21/12/2015 07:18
Citoyen Sorain, il y a erreur ! La langue française est trop soumise à interprétation ! Non le 20 desamb est la fête de l'abolition de l'esclavage. Il est vrai que les expat ont du mal à comprendre certaines choses , dont sont coupables leurs ancêtres .

4.Posté par noe le 21/12/2015 07:19
Beau discours de vérité de notre excellent Préfet !

Mais je précise que le louloute saint leusien , Thierry Robert n'est pas son "Supérieur hiérarchique"!

5.Posté par Zbob le 21/12/2015 08:23
Post 3: petit rappel historique quand même , oui, les marchands d'esclaves étaient français de France , mais n'oubliez jamais ( ne faites pas semblant d'oublier , c'est si facile) que les utilisateurs étaient ici , c'étaient pour la plupart des créoles ( après les premiers arrivés qui ont eu une descendance) eh oui, et aujourd'hui , bon nombre de ces descendants ( tous les créoles blancs et sans doute quelques héritiers d'affranchis qui a leur tour eurent des esclaves , he oui, c'était alors dans l'ordre des choses , un libre se devait quasiment d'avoir au moins un esclave ) nombre de ces descendants sont encore ici, mais ils sont discrets , ce qui est d'autant plus facile qu'on s'est empressé de reporter sur madame Desbassyns , morte bien entendu et dont les rares descendants encore vivants ne portent plus le nom, le poids de l'esclavage , hypocrisie de la société dans son ensemble ( Blancs et Noirs dans le même sac d'ailleurs ) qui se débarrasse ainsi du poids de la culpabilité ...encore qu'il me semble qu'on ne peut presque deux siècles après , reprocher à des descendants le crime , car s'en est un et des pires , commis par les ancêtres .
Notre société ferait mieux de se regarder vraiment en face et de se demander d'où viennent les inégalités actuelles , que faire pour les faire disparaître ( je pense par exemple à ces maires qui exploitent les milliers d'employés communaux recrutés avec des contrats de merde, renouvelables seulement si les gens sont dociles,car nombre d'entre eux ne sont pas titulaires contrairement à la croyance populaire ou encore à ces patrons roulant en 4x4 de luxe et vivant dans des maisons luxueuses dans des " beaux quartiers " protégés et qui adorent les travailleurs non déclarés , jetables comme des Kleenex )

6.Posté par ali baba le 21/12/2015 08:26
un prefet d'un département/région REUNION il se doit de
débloquer les ronds points
gérer les cyclones et le volcan
faire des discours langue de bois
et hop apres on peut espérer prendre une grande région

7.Posté par madibastard le 21/12/2015 08:52
Il est vrai que les expat ont du mal à comprendre certaines choses , dont sont coupables leurs ancêtres .

Il faut avouer que les expats étaient très très jeunes en 1848...et que finalement très peu d'entre eux ont eu un tonton qui possédait un bateau à La Rochelle, on a ainsi aucun mal à comprendre qu'il y a toutes les chances que nos ancêtres à nous ne soient coupables de rien, a contrario des ancêtres de quasiment tous les réyonés qui ont autant de sang d'esclavagiste en eux que de sang d'esclave, et ont développé une mémoire bien sélective pour pouvoir affirmer une quelconque fierté.

8.Posté par KLD le 21/12/2015 12:20
bel article pour le futur, mais pour le passé : le sarda , "son joli causement traine à nou ds la boue" !pas faux , ces paroles de ZISKAKAN , quand on sait ce qui s'est produit après.........................

9.Posté par Zozossi le 21/12/2015 13:02
"Fête de la liberté, le 20 décembre, commémoration de l’abolition de l’esclavage, c’est aussi la victoire des valeurs de la République", d'après le préfet Sorain.

Vraiment?

Voici donc une petite leçon d'Histoire pour ce fonctionnaire arrivé trop récemment chez nous pour savoir qu'à la Réunion (comme ailleurs), liberté, abolition et république n'ont pas vraiment fait bon ménage.

La Révolution de 1789 commence par instituer à la Réunion une Assemblée coloniale pour s'opposer au Conseil supérieur jugé trop "royaliste".

Cette Assemblée se signalera constamment par une hostilité systématique aux Noirs (contrairement au Conseil), allant jusqu'à refuser (février 1792) une pétition de colons demandant que soit rétabli pour les femmes de couleur épouses de Blancs le droit de s'asseoir à côté de leur époux dans la salle de spectacle de Saint-Denis!

Tous les révolutionnaires locaux se désintéressent complètement de la situation des esclaves. Ils sont bien trop occupés à surveiller les déviants et à dénoncer les suspects (comité de Surveillance et de Sûreté publique, tribunaux criminels extraordinaires dans chaque quartier, dissolution des associations mal pensantes…), à voler "légalement" les habitants (obligation de faire des "dons patriotiques"), ou à organiser des pitreries à grand spectacle (plantation d'arbres de la liberté, exhibition de bonnets phrygiens, imposition du tutoiement, du qualificatif de citoyen, etc.).

En octobre 1794, l'arbre de la liberté ayant été coupé par des habitants de Saint-André, "la République" décide de rayer la ville de la carte, de partager son territoire entre les communes voisines et de détruire son église!

Quand arrive sur l'île le décret d'abolition de 1794 (inapplicable pour cause de guerre civile et de ruine économique), nos républicains-pays s'indignent et refusent carrément de l'appliquer.
Pire: l'Assemblée coloniale (révolutionnaire, encore une fois) interdit les attroupements d'esclaves, les danses des Noirs après 10 heures du soir, réglemente leurs déplacements, réprime tout propos abolitionniste, etc.

Il faudra attendre la Restauration de la monarchie pour qu'en 1817, Louis XVIII abolisse la traite, prélude à l'extinction de l'esclavage.

L'abolition formelle de 1848 n'est somme toute qu'un épisode anecdotique à mettre en perspective, d'ailleurs purement formel, puisque Sarda Garriga abolit l'esclavage, mais avec l'obligation pour les "anciens" esclaves de rester sur les propriétés et de continuer à travailler pour leurs maîtres, en "attendant avec patience la juste rémunération de leurs peines" vu la pauvreté des propriétaires!

On l'aura compris: hier comme aujourd'hui, les "valeurs républicaines" ne sont que des formules creuses destinées à enjôler les naïfs, à leur faire oublier en jouant du pipeau les réalités que des manipulateurs cyniques veulent cacher à la foule.

A nous de n'être pas dupes de leurs boniments!

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