Faits-divers

Des agents de sécurité sans diplôme : 25 accusés à la barre

Correctionnelle de Saint-Pierre.


Des agents de sécurité sans diplôme : 25 accusés à la barre
Christian Boyer est patron du GASP (gardiennage, alarme privée, sécurité), entreprise aujourd’hui interdite d’exercer. On comprend vite pourquoi au fur et à mesure que se déroule l’audience avec pas moins de 25 accusés à la barre.
Mais il faut préciser que sur les 25, il y a d’un côté le patron et ses deux adjoints et, en face, des "agents de sécurité" qui ont travaillé parce qu’ils avaient besoin de gagner leur vie. Une circonstance qui faisait bien les affaires de M. Boyer.

L’affaire a été découverte fortuitement. Lors du Leu Tempo Festival 2013, les gendarmes en patrouille aperçoivent une de leurs vieilles connaissances, Jean Mola, neuf condamnations au compteur pour trafic de stupéfiants, vols, violences diverses et recel. Un tendre. Quand il les voit, l’homme se débarrasse vite fait de sa combinaison d’agent de sécurité mais il est trop tard.

L’enquête mettra en avant que la société de M. Boyer n’en est pas à son coup d’essai. Quelques semaines après le Tempo, rebelote à la Plaine-des-Cafres où Miel-Vert est "sécurisé"par les mêmes intervenants.
L’enquête, très pointue, laisse apparaître que les agents n’ont pas fait l’objet de déclarations préalables à l’embauche et surtout que, bien plus grave, ils n’ont jamais été formés à leur métier. Or ce dernier est très réglementé.

On va de surprise en surprise. Ainsi, le sieur Mola, au casier chargé comme une mule, ne peut être employé en qualité d’agent de sécurité. Qu’à cela ne tienne, "il est responsable des équipes et agent d’encadrement". Encadrement d’une profession dont il semble tout ignorer. Qui plus est, s’étonne le procureur Saunier, "employer un repris de justice en qualité d’encadrant ne laisse pas de surprendre".
L’enquête laisse entrevoir des pratiques salariales surprenantes, des heures supplémentaires jamais payées, d’autres transformées en "heures de chiens" pour échapper aux taxes. Car certains vigiles tiraient des chiens soi-disant de défense sans jamais avoir été formés à cette délicate mission.

Le représentant local de la CNAPS (Conseil national des activités privées de sécurité) est venu détailler par le menu les obligations légales auxquelles sont soumises les personnes se livrant au gardiennage et à la sécurité privée. Il en ressort que si M. Boyer avait bien l’autorisation d’ouvrir son entreprise, toutes les prescriptions légales ont joyeusement été passées à la trappe.
M. Boyer, qui est le seul à s’exprimer, a réponse à tout. Réponse souvent évasive, souvent surprenante aussi. Ainsi, à la demande de la présidente Tomasini sur l’emploi d’un repris de justice :
"C’est quelqu’un de confiance". Ah bon !

C’est encore lui qui avoue qu’en tout, il emploie une quarantaine de personnes, dans les mêmes conditions. Mais ne pourra jamais expliquer pourquoi la mairie de Saint-Leu lui a confié un marché public sans jamais vérifier les compétences et autorisations d’exercer des uns et des autres. Surtout que certains concurrents semblent avoir fait des offres moins… illégales.
M. Boyer doit plus de 40.000 euros au fisc, et quelques dizaines de milliers à ses employés dont beaucoup, ce matin, étaient à la fois accusés et victimes de ses agissements financiers : "ils étaient d’accord pour travailler".

Le procureur Saunier n’y est pas allé par quatre chemins :
"Boyer s’en sortait par ses tarifs bas, sa concurrence déloyale. Ses employés ont peu gagné mais, avec la crise, ils étaient demandeurs d’emploi à tout prix. Il y a un détournement évident du droit du travail avec ces fiches de paye bidouillées, ce non-paiement des charges".
Le procureur a été magnanime avec 23 employés, plus victimes que coupables, en sollicitant une amende avec sursis. Contre Mola et Cédric L. (autre multi-récidiviste), 1000 euros d’amende. Et au final, 8000 euros d’amende contre M. Boyer.
Me Osmane Omarjee s’est emporté contre "une justice spectacle qui amène 25 accusés à la barre pour réclamer des peines de principe." Ne reculant devant rien, il a présenté l’emploi d’un repris de justice comme "une preuve d’humanité" ! Reprenant ensuite l’imprécision des arrêtés de renvoi, non nominatifs, et les difficultés des entreprises, l’avocat a sollicité la relaxe pour tout le monde.
Ce qui nous a valu une bien réjouissante passe d’armes entre le parquet et la défense.
Jugement au 9 octobre.

Jeudi 21 Août 2014 - 17:08
Jules Bénard
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1.Posté par byebye le 21/08/2014 19:54
En espérant que le dirigeant soit sanctionné comme le prévoit la loi (du minimum 0 ou rien à une sanction plus forte)...J'avais souhaité que les dirigeants de la société ALARME 2000 PRIVE (entreprise de prévention et sécurité) soient sanctionnés pour les contraventions (nombreuses) de troisième, quatrième et cinquième classe commises par ces dirigeants de 2007 à 2011...Mais le Parquet de SAINT DENIS, comme tout autre parquet, possède l’opportunité des poursuites....lesquelles ont bénéficié aux dirigeants qui n'ont pas été inquiétés sauf pour un pour "travail au noir" et que le tribunal de commerce a entériné la société par liquidation judiciaire..Et malheur aux salariés seniors qui sont restés sans emploi et qui se trouvent au chômage, étant "trop vieux" pour retrouver un emploi....J'en sais quelque chose...D'un côté (ALARME 2000 PRIVE), un salarié dépose plainte en faisant ressortir les infractions qui foisonnent, lesquelles ne sont pas poursuives....D'un autre côté (GASP), les dirigeants sont "hors la loi" et l'entreprise "fonctionne, tourne" jusqu'à ce que les gendarmes constatent que...Dur, dur de se faire entendre par la Justice sereine de notre beau pays...

2.Posté par D''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''''adoucir le 21/08/2014 20:36
Ben nos élus mal grès plusieurs condamnations occupent toujours des postes!!!

3.Posté par véridik le 21/08/2014 21:10
c'est pas faux pour le post 2 , pourquoi pour être maire ou autre, le casier judiciaire n'est pas épié?
Pourquoi ces (sur)hommes peuvent cumuler Xmandats , alors que le citoyen lambda doit toujours "rale le diable par la queue"
Trop d'injustice, mais allez, tout le monde est content d'accueillir le président

4.Posté par BOLDON le 21/08/2014 23:52
Et que dire de ces mairies , comme par hasard le Tampon et St leu, si peu regardantes sur leurs prestataires.
Il n'y aurait pas à creuser la aussi?

5.Posté par Jules Bénard le 22/08/2014 07:31
à posté 3 "véridik" : je suis bien de votre avis, monsieur. J'irai même plus loin en disant qu'un élu (quelle que soit sa fonction) ayant subi une condamnation (quelle qu'elle soit) devrait être automatiquement démis de ses fonctions avec interdiction à vie de se représenter à une fonction élective (quelle qu'elle soit !)

6.Posté par Le citoyen lambda le 22/08/2014 10:51
_ "Agence nervis et compagnie? Ici la mairie de st Leu, nous aurions besoin de quelques "gros bras" inaptes et bas de plafond svp. Votre agence nous a chaudement été recommander par La mairie du Tampon."

7.Posté par Sam lacoupe le 22/08/2014 11:05
employer un repris de justice en qualité d’encadrant ne laisse pas de surprendre".


Une grande partie du personnel politique réunionnais n'a pas du apprécier cette vacherie !

8.Posté par Jules Bénard le 22/08/2014 18:59
à posté 7 : je vous remercie chaudement de vous soucier de ma petite santé. Mais si vous saviez l'aisance avec laquelle je me contrefous de ce que le personnel politique pense de moi, vous auriez une bonne idée de l'infini.
Je n'attends rien d'eux. Pour tout dire, à de rares exceptions près, j'éprouve à leur encontre un mépris que je vous autorise à qualifier de sidéral.
Bien à vous.

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