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Daniel Sangouma : Les JO, entre "aventure et émerveillement"

En 1988, Daniel Sangouma entre dans l’histoire du sport français et réunionnais. Le sprinter décroche la médaille de bronze aux Jeux olympiques de Séoul avec l’équipe de France du relais 4x100 m. 28 ans après et à quelques heures de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Rio, le chargé de mission à l’OMS de Saint-Denis ouvre le livre des souvenirs. Entretien.


Daniel Sangouma : Les JO, entre "aventure et émerveillement"
Zinfos 974 : Comment avez-vous vécu vos premiers Jeux olympiques à Séoul en 1988 ?

Daniel Sangouma : Bien car je suis revenu avec une médaille ! (rires). Plus sérieusement, c’était mes premiers Jeux, j’avais 23 ans, donc pour moi c’était aventure et émerveillement, avec quand même un objectif, d’y aller pour faire quelque chose et cela s’est avéré concluant avec mes copains du relais 4x100 m.

Pourriez-vous nous décrire l’ambiance des Jeux ?

Pour moi c’est un peu particulier, enfin quand je dis moi ce sont les sprinters en général parce que quand on fait le 100 m, c’est le début des épreuves sur la piste et le relais c’est la fin des épreuves. On est donc tout le temps sur le qui-vive sur toute la période des Jeux, entre les épreuves individuelles et celles du relais, et on a le temps de rien voir en fait, hormis sortir de sa chambre pour aller s’entraîner, aux repas ou se faire soigner. Le village olympique, on le regarde mais sans le regarder puisqu’on est concentré sur son sujet. Quand arrive la cérémonie de clôture, on est déjà en train de préparer les valises pour repartir. Ça ne laisse donc pas beaucoup de temps ni de place à autre chose. En revanche, je me souviens que pour les Jeux de Séoul c’était un peu particulier car ils se déroulaient en septembre. C’était loin dans la saison d’athlétisme pour nous : il a donc fallu tout décaler dans l’entraînement, les championnats ou encore les qualifications.

Après, c’est vrai qu’on côtoie un nombre d’athlètes de différents sports mais bon, pour rester concentré sur son objectif et ne pas se perdre dans le barnaüm du village olympique, mieux vaut ne pas se déconcentrer en allant papillonner à droite à gauche parce qu’on perd énormément d’énergie…

Meilleur sprinter de sa génération, Daniel Sangouma a détenu pendant 15 ans le record de France du 100 m, avec un temps de 10''02
Meilleur sprinter de sa génération, Daniel Sangouma a détenu pendant 15 ans le record de France du 100 m, avec un temps de 10''02
Est-ce vrai tout ce que l’on raconte sur l’ambiance, parfois décadente, dans un village olympique ?

Un village olympique c’est environ 10 000 personnes. Après décadent oui et non…Il ne faut pas croire que les sportifs sont des êtres extraordinaires : on respire comme tout le monde, on mange comme tout le monde…Le village olympique c’est ça : des gens de plusieurs nationalités avec des modes de vie et des objectifs différents. Certains sont là pour participer ou représenter leur pays, d’autres là pour aller chercher des médailles…Il faut composer avec tout ça. Tenez, il y a des athlètes qui terminent leurs Jeux dès la première épreuve. Ben qu’est-ce que vous faites ? (rires) Vous vous tournez les pouces et attendez la fin des JO, c’est ça quoi. Donc quand on n’a plus rien à faire, on va voir une compétition, on sort faire la fête, des choses comme ça…Après c’est vrai que l’on peut vite se retrouver en totale opposition avec certains autres athlètes qui sont là pour aller conquérir des médailles.

Chaque délégation possède ses propres bâtiments. Une grosse délégation comme celle de la France a même plusieurs immeubles à sa disposition et les athlètes étrangers, en général, ont pour consigne de ne pas aller se balader dans les bâtiments des autres délégations. Ce n’est pas interdit aussi, mais disons que ce n’est pas très commode.

Vous avez participé aux Jeux de Séoul et de Barcelone. Qu’est-ce qui vous a marqué lors des cérémonies d’ouverture ?

Je n’ai jamais fait de cérémonie d’ouverture car le lendemain nous étions déjà en piste pour les épreuves d’athlétisme.

Est-ce un regret ?

Non car moi je savais pourquoi j’y allais. Une cérémonie d’ouverture est assez chronophage et fatigante. Autant j’aime courir mais je n’aime pas rester debout ! (rires). Moi ça ne me dérangeait pas, bien au contraire, je regardais à la télé dans ma chambre où en plus, on voyait plus de choses (sourire).

La cérémonie de clôture par contre, j’y allais sans problèmes et avec plaisir car les épreuves étaient terminées. C’était un mélange de joie et de tristesse : joie d’avoir participé et d’avoir fait au mieux, et tristesse parce que c’est fini et qu’on va retourner s’entraîner pour quatre ans sur tous les terrains du monde pour continuer à progresser et pour essayer d’aller tenter de se requalifier de nouveau pour de prochains Jeux.

C'est aux côtés de Bruno Marie-Rose, Gilles Quénéhervé et de Max Morinière que Daniel Sangouma a décroché cette médaille de bronze à Séoul.
C'est aux côtés de Bruno Marie-Rose, Gilles Quénéhervé et de Max Morinière que Daniel Sangouma a décroché cette médaille de bronze à Séoul.
On ressent quoi lorsque l’on décroche une médaille olympique ? Pensiez-vous un jour en obtenir une ?

Non, honnêtement non. Je ne suis pas arrivé un matin en me levant et en me disant ‘je veux une médaille olympique’. Les choses se font graduellement, au fil du temps et des ambitions qui viennent. Bien sûr, je me souviens des premiers Jeux que j’ai vu à la télévision en 1976 (ceux de Montréal, ndlr) où Guy Drut avait remporté l’or sur le 110 m haies. On était content car on voyait un Français battre les Américains, c’était le summum. Inconsciemment que peut-être, c’est à ce moment-là que je me suis dit ‘pourquoi pas moi ?’. La conscience de décrocher une médaille lors des JO est venue bien après avec le travail accompli et des résultats obtenus. Après, on ne vit pas de rêves : l’athlétisme ce n’est pas un monde de rêves, c’est tellement factuel, tout se joue au chronomètre, à des centièmes, des millièmes près…Tout nous ramène à cette réalité là.

Pourquoi en athlétisme, aucun sportif réunionnais n’a réussi à s’imposer au haut niveau après vous ?

(Il soupire) Il y en a eu d’autres…Là cette année, il y a deux filles qui vont faire les Jeux de Rio…

Oui, mais des athlètes réunionnais qui n’ont pas réussi à obtenir des médailles nationales et internationales ?

Disons que je crois que l’on récolte ce que l’on sème. Et qu’on n’a pas semé grand chose à mon sens, pas à la ligue réunionnaise d’athlétisme plus particulièrement mais à La Réunion globalement…

Qui voyez-vous porter haut les couleurs de l’île prochainement en athlétisme ?

Je regarde ça de loin mais j’ai vu qu’il y avait tout de même quelques jeunes qui commencent à pointer le bout de leur nez, pas forcément en sprint mais dans les autres disciplines. Je pense à Esther Turpin dans les épreuves d'heptathlon qui réussit pas mal. Mais n’oublions pas que le chemin est encore très très long, en athlé en particulier : c’est une école si, dès jeune, on n’a pas appris la rigueur, le travail et le goût de l’effort, ça ne passera pas.

Après avoir quitté la compétition il y a une vingtaine d'années, Daniel Sangouma est désormais chargé de mission à l'office municipal des sports (OMS) de Saint-Denis
Après avoir quitté la compétition il y a une vingtaine d'années, Daniel Sangouma est désormais chargé de mission à l'office municipal des sports (OMS) de Saint-Denis
C’est quelque chose que l’on a perdu à La Réunion selon vous en athlétisme ?

Clairement, clairement ! Le goût de l’effort, ça c’est clair à mon sens. Personnellement, je suis quelqu’un qui est très dur au mal, qui encaisse de grosses charges d’entraînement. Forcément, ma vision est très orientée. Le problème c’est que si on n’a pas commencé tôt à être dans cet état d’esprit là, ce n’est pas à 20 ans que l’on va apprendre à se faire du mal sur la piste, ça ne passera pas.

Est-ce que les sportifs réunionnais qui ont réussi au niveau national ont été assez soutenus par les collectivités ou les ligues à leur retour dans l’île ?

C’est une question qui revient à chaque fois et on a toujours les mêmes réponses…Globalement je pense que c’est plus que léger même s’il y a des efforts de fait aujourd’hui, je ne peux pas dire que les meilleurs sportifs réunionnais, pour en avoir discuté avec quelques-uns, aient eu la possibilité de redonner ce qu’ils ont eu à La Réunion après leur carrière. C’est rare. Après il y a quelques exceptions dont je fais partie. Je remercie d’ailleurs grandement le maire de Saint-Denis d’avoir cru en moi et de m’avoir donné la chance de montrer tout ce dont j’étais capable. Mais pour les autres, ce n’est pas évident : ‘le retour aux sources’ pour les champions réunionnais n’est pas évident du tout.

Vendredi 5 Août 2016 - 09:58
SI
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1.Posté par Grangaga le 06/08/2016 11:51
Bravo po son méday'.........Mé poukoué la mètt' a li l'OMS..........mi wa pa l'intéré!!!!!!!

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