Faits-divers

Correctionnelle: "In’ balance, ça in macro ça, na artrouver déor !"


Correctionnelle: "In’ balance, ça in macro ça, na artrouver déor !"
L’audience de ce jeudi, au tribunal correctionnel de Saint-Pierre, a démarré sur les chapeaux de roues.
 
Il est assez rare, inattendu, pour ainsi dire inespéré que le prévenu, à la barre, annonce ainsi à la Cour son intention de faire un bout de conduite à celui qui a eu l’audace de le dénoncer. Le procureur, homme délicat, a eu le bon goût de ne pas sauter au plafond pour se contenter d’un grognement de surprise.
 
Il faut avouer qu’Olivier Robert, la trentaine, premier "client" de la matinée, sort de l’ordinaire. Petit, râblé, en état permanent d’excitation, n’hésite pas à interrompre à tout bout de champ la présidente Flauss… pour approuver tout ce que dit la magistrate !
 
Oui, il a bien fait tout ce qu’on lui reproche ; ce qui le hérisse, c’est le comportement du bistrotier de Saint-Joseph avec qui il tentait d’échanger contre un 4x4 la 308 qu’il venait de voler quelques heures plus tôt.
 
"Boug là, ça in’ balance, ça in macro !" Répétant l’invective ad libitum, il précise son intention pour le jour improbable où il se retrouvera en liberté :
 
"Ma sortir in jour. Na artrouver !"
 
Il y a certainement des façons plus douces de s’attirer les bonnes grâces du tribunal, mais apparemment pas pour lui, à qui il manque manifestement quelques boulons.
 
Cette fois, l’Olivier de la paix est poursuivi pour vol de voiture, vol de bagues, de chaussures, de vélo, dégradation diverses et variées, le tout de l’Ouest au Sud sauvage.
 
La voiture ? "Les clés étaient par terre". Les chaussures ? "Mes savates me faisaient mal aux pieds". Le vélo ? "Je l’ai taxé pour aller à Saint-Joseph mais comme il ne marchait pas bien, je me suis énervé et l’ai balancé dans une ravine". Ne pas lui demander quelle ravine ; il ne sait plus. Vélo jamais retrouvé…
 
C’est la voiture volée qui va le faire alpaguer par les gendarmes. Ce crâne creux va gentiment proposer à un commerçant du sud d’échanger la 308 contre son 4x4. "Mééééééé noooonnn ! s’emporte-t-il au comble de l’indignation. C’est lui qui a voulu ça. Il avait entendu l’appel du propriétaire sur Freedom. Il a téléphoné en douce aux flics parce qu’il travaille pour eux. C’est une balance, ça in mac…"
 
"Oui ! oui ! on sait", l’interrompt gentiment la présidente avant de donner lecture du CV de l’intéressé, pas moins de 12 mentions : vols, effractions, outrages, abus de confiance, destructions diverses, conduites sans permis, recels, escroqueries, falsifications… Le tout additionné de longs séjours à l’ombre.
 
Le procureur Thévenot a insisté sur les menaces et injures proférées à la barre, ajoutant que la société avait donné au prévenu, à de nombreuses reprises, l’occasion de se reprendre. Occasions qu’il n’a pas pu (ou pas voulu) saisir. L’avocat de la défense a mis en avant la santé du prévenu. Lequel avait déjà précisé qu’il vole "parce qu’avec mes 470 euros de revenu minimum, je ne peux pas vivre décemment ; vous pourriez, vous ?".
 
Olivier Robert est reparti comme il était arrivé, encadré, menotté, plus une taxation de poids, la Cour étant allé au-delà des réquisitions : deux ans ferme, révocation des sursis antérieurs… et 100 euros pour la propriétaire du vélo, somme qu’il avait cherché à marchander sous l’œil surpris de la plaignante !
Vendredi 21 Février 2014 - 11:41
Jules Bénard
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1.Posté par Jean Valjan le 21/02/2014 12:51
Commentaire sans rapport direct avec le contenu de l'article, mais plutôt sur le style rédactionnel:
Le style d'écriture est (a mon avis) en total décalage avec le contenu de l'article et le type de "presse" (et c'est très souvent le cas pour cet auteur). Il s'agit de faits divers et non d'un roman, il faudrait donc adapter la façon d'écrire, ou écrire sur autre chose / un autre support.
Bref, je dois probablement être le seul que ça dérange...

2.Posté par Jules Bénard le 21/02/2014 13:24
à Jean Valjean : je vous remercie pour votre commentaire, monsieur, et respecte votre opinion. Vous avez déjà le mérite d'argumenter votre point de vue au lieu de verser dans l'invective comme certains. Que puis-je dire à ma décharge sinon que je ne peux plaire à tout le monde ? Je sais que mon style peut paraître hors des normes journalistiques orthodoxes. Mais il y a beaucoup à qui cela plaît. Je suis sincèrement désolé de vous décevoir et vous réitère mes remerciements pour votre commentaire courtois.

3.Posté par daoud zitouni le 21/02/2014 14:25
Heureusement que Mr Bénard a du style! Ce qui n'est pas contradictoire avec l'évocation des faits. D'autre part, il existe une tradition chez les chroniqueurs judiciaires de faire prendre de la hauteur aux lecteurs, grâce aux mots et aux tournures de phrases, sur la désespérante bêtise humaine concentrée dans les tribunaux .

4.Posté par Toby or not Toby le 21/02/2014 17:06
Je réitère mon commentaire d'il y a quelques jours sur une autre chronique judiciaire : moi, le style de M. BENARD me plaît.

5.Posté par L''''INSOUMIS le 21/02/2014 17:15

Je confirme le Post 4, j'adore le "Style Bénard", un régal à chaque lecture...

Vas y mon Julot, t'es le meilleur !

6.Posté par Jules Bénard le 21/02/2014 18:27
Oh ! oh! les enfants, pas tous à la fois. Bon, plaisanterie à part, si je vous donne un instant de satisfaction intellectuelle à la lecture de mes comptes-rendus, c'est tout ce que je demande. Amitiés et à la prochaine.

7.Posté par ange le 22/02/2014 17:24
je suis d'accord avec le post 1. le style benard est du type roman quand il ne verse pas dans la caricature. Tout le monde dit ce qu'il veut sous forme de commentaire, mais en ce cas , le rédacteur ne peut pas être qualifié de journaliste mais de romancier. Une chose me choque profondément , c'est que mr benard se moque de la misère des prévenus. Ces gens sont un problème pour eux même et pour la société mais cela ne permet personne de porter atteinte à leurs dignités. cette notion n'effleure pas le romancier benard. personne n'a d'avis critique . vous êtes ,selon hugo : des moutons amateurs de sang. Vous riez de votre propre indigence morale. J'ai de la compassion pour vous. Mais je n'ai pas espoir de voir notre opinion majoritaire évoluer.

8.Posté par Jean Valjan le 24/02/2014 17:31
Chacun ses opinions.
je ne voulais pas dégrader le travail du journaliste, mais il me semblait qu'une des règles de bases dans l'écriture, c'est que la forme doit servir le fond, et non le desservir.

Après, c'est bien si la majorité des lecteurs aiment ce style, c'était juste une parenthèse que je voulais faire.

@post 3: le lecteur peut très bien prendre de la hauteur et du recul par rapport à l'info, même avec un style d'écriture "adapté" :-)

9.Posté par Jules Bénard le 25/02/2014 06:43
à posté 7 (ange... soi-disant) : cher lecteur, je vais vous en dire une bien bonne : vous me désespérez, très franchement. Car vous êtes une preuve vivante que, dans bien des cas, l'éducation nationale française a échoué dans sa mission ! Vous lisez mal et, en tout cas, vous ne comprenez rien de rien à ce que vous lisez. Je n'écris pourtant pas, sauf parfois pour rire, au second degré. Je suis constamment à l'écoute de la misère sociale, intellectuelle et morale des prévenus, pour tâcher de comprendre. Lorsque j'écris par exemple que "les magistrats n'ont pas une pierre à la place du coeur" parce qu'ils ont tenu compte de cette même misère, c'est bien parce que je tire dans le même sens. Faites donc relire un de mes commentaires par quelqu'un de votre connaissance, quelqu'un qui comprend ce qu'il lit, je veux dire, et vous verrez bien. Toute ma carrière journalistique, j'ai pris la défense des plus démunis, des délaissés. On m'a même parfois qualifié de "don Quichotte". Alors... apprenez à lire avant de dire ! Je vous remercie.

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