Conseil interministériel de l’Outre-mer : Bilan et réactionsVendredi matin, s’est tenu le premier Conseil Interministériel de l’Outre-Mer (CIOM) devant valider et arrêter certaines des propositions émanant des Etats généraux. A l’issue des discussions, le Président de la République a prononcé un discours énonçant les principales décisions prises par son gouvernement et lui-même. Malgré quelques réserves, qui s’expliquent notamment par le caractère non exhaustif du discours, les élus de la Réunion ont été globalement satisfaits des premières mesures annoncées.
Après avoir rappelé les nombreux atouts qu’apportent les outre-mer à l’Hexagone et les raisons pour lesquelles ont été organisés les états généraux de l’outre-mer, Nicolas Sarkozy a énuméré quelques-unes des mesures-phares retenues par le Conseil interministériel.
Création d’un GIR contre la cherté de la vie La première disposition citée concerne un thème majeur, à l’origine du mouvement social qu’ont connu les Antilles puis la Réunion en début d’année : la cherté de la vie. Pour faire la "vérité sur les prix", le Président propose la création d’un "groupe d'intervention régional (GIR) de la concurrence". Réunissant dans une même équipe tous les services de l’Etat qui ont à connaitre la situation des entreprises, le GIR permettra de mieux identifier et combattre les abus de position dominante. Les Observatoires des prix seront quant à eux présidés par une personnalité indépendante et leurs présidents pourront saisir directement l’Autorité de la concurrence. Nomination d’un commissaire au développement endogène A ensuite été abordée la question du développement endogène. "Je tiens moi aussi à ce que l’Etat accompagne les outre-mer dans cette démarche. Il s’agit bien sûr d’une préoccupation économique mais aussi d’une question de fierté", a précisé le chef de l’Etat. Sera ainsi nommé un "Commissaire au développement endogène" chargé de développer les relations commerciales entre la Réunion, Madagascar, Maurice, Mayotte et, pourquoi pas, les pays limitrophes du canal du Mozambique, en mettant en place un système de garantie des investissements français dans la zone. En parallèle, devra être mis en place un plan de soutien massif au développement des PME outre-mer qui passera par un "Small business act" ultramarin. Et pour apaiser les rapports sociaux dans les TPE, qui sont prédominantes dans le tissu économique des DOM, un "Comité du travail et des relations du travail" verra le jour. Considérant que "le développement endogène c’est aussi pouvoir vivre de ce que l’on produit", le Président souhaite lancer un grand plan en faveur de la diversification de l’agriculture. Ce plan tiendra en 3 points dont la création d’un "Institut technique agricole" qui accompagnera les agriculteurs désirant s’engager dans la voie de la diversification. Nicolas Sarkozy va également demander aux services de l’Etat de favoriser le regroupement de producteurs. "La clef de la réussite de l’agriculture outre-mer c’est l’organisation en filières puissantes, capables de dialoguer d’égal à égal avec les distributeurs", a-t-il estimé. Une nouvelle approche de la politique étrangère régionale L’autre point soulevé dans les Etats généraux est le problème de l’insertion des Outre-mer dans leur environnement régional. Pour tenter d’y remédier, les collectivités régionales auront désormais la possibilité de participer aux négociations internationales. Cette mesure a été accueillie dans la salle par des applaudissements, de même que celle annonçant que la représentation permanente de la France à Bruxelles allait se doter d’un pôle en charge de l’Outre-mer. Constitution d’un vivier de talents ultramarins Traitant ensuite de la question de l’égalité des chances, le Président a parlé d’assouplir certaines dispositions statutaires de la fonction publique pour les emplois dits de catégorie B et C. "La sacro-sainte règle de la mobilité administrative n’a pas vraiment de sens, quand, sa mobilité, on va la faire à plusieurs milliers de kilomètres de sa famille", explique-t-il. Nassimah Dindar s’est particulièrement réjouie de cette mesure espérant qu’elle s’appliquera à tous les policiers réunionnais qui exercent en Métropole mais souhaitent rentrer sur l’île. Les ultramarins de catégorie A ne sont pas en reste non plus. Un "vivier de talents ultramarins" sera constitué pour proposer, à chaque fois qu’un poste Outre-mer sera vacant, au moins un candidat ultramarin s’il en a les compétences. Le Président a insisté sur le fait qu’il "ne s’agit pas de faire passer à toute force les ultramarins devant les autres. Il s’agit simplement, à compétence égale, de favoriser l’affectation des ultramarins en Outre-mer." Il s’est ensuite prononcé sur l’illettrisme, qui touche 100 000 personnes à la Réunion, ainsi que sur l’absentéisme scolaire. Pour la sénatrice Gélita Hoarau (groupe Communiste, Républicain et Citoyen) si un plan de lutte contre l’illettrisme est totalement louable, "il aurait été en revanche préférable d’augmenter le nombre d’enseignants au lieu de renforcer la lutte contre le décrochage scolaire". Toujours sur le plan de l’enseignement, supérieur cette fois, seront créés une unité de formation et de recherche à la Réunion, première étape vers la création d’un CHU, ainsi qu’un pôle d’attractivité universitaire, pour permettre à la France de former de nombreux médecins issus des pays alentours. Enfin, le logement social n’a pas été oublié comme l’a fait remarquer avec satisfaction Nassimah Dindar. L’Etat est prêt, à chaque fois que cela sera possible, à céder ses terrains à titre gratuit pour y construire des logements sociaux. L’attente de la concrétisation Bien que séduisante, cette dernière mesure inquiète la sénatrice Gélita Hoarau qui ne veut pas que tout ce qui a été annoncé hier se heurte à des questions de budget. La Réunion est en effet en attente de 30.000 logements sociaux. "Ce discours nous plaît, c’est ce que nous souhaitons entendre depuis longtemps. Un cadre a été défini mais il faudra beaucoup d’argent. Alors voyons et attendons", préconise-t-elle. Pour leur part, Nassimah Dindar et Jean-Paul Virapoullé se sont montrés plus confiants. Avec toutefois un bémol pour le sénateur qui appelle les Réunionnais "à prendre leur destin en main au lieu de faire des procès à leurs élus.", ajoutant "nous avons les leviers pour mettre un terme à la colonisation économique de l’Outre-mer mais c’est aux consommateurs de saisir les jokers que le Président leur a mis en main.» La quatrième phase des Etats généraux de l’Outre-mer est désormais lancée. Pour garantir les engagements publics du CIOM, financiers, juridiques, administratifs, méthodologiques notamment, un comité de suivi des décisions du CIOM sera créé. Un document de suivi des décisions du CIOM sera élaboré et fera l’objet d’une présentation à la prochaine réunion du CIOM. Samedi 7 Novembre 2009 - 07:49
Bérengère Lefèvre
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