Comment vieillirons-nous désormais ?
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Faisons l’état des lieux ensemble : Les chiffres témoignent d’une population vieillissante grâce à une meilleure espérance de vie ce qui semblerait une évolution plutôt positive si l’on observait pas en détail les conditions proprement dites de notre dernière partie de vie. A la Réunion, le nombre de personnes âgées va tripler dans les 20 ans à venir.
Et tout d’abord quel sera notre état de santé : Chacun sait que les premiers gros problèmes –sauf exceptions-surviennent entre 55 et 60 ans : problèmes circulatoires, cardiaques ou de cancer (seins et prostate notamment). Or, la sécurité sociale est en déficit notoire et on cherche à faire des économies sur tout : nombre des structures sanitaires ; spécialisation des établissements sur les pathologies les plus rentables ; durée des hospitalisations, réduction des personnels hospitaliers etc… Qui n’est pas allé aux urgences par exemple sans attendre une moyenne de 5 à 6 heures avant que l’on ne puisse s’intéresser à vous ? Il y a quelques années encore, nous étions fiers de notre sécurité sociale, une des plus performante d’Europe. Certes, employeurs et travailleurs devaient payer d’assez lourdes charges mais au moins nous pouvions compter sur l’assurance maladie pour nous couvrir en cas de "pépins". Aujourd’hui, nous payons de plus en plus de charges. "Sans en voir la couleur" puisque nous devons payer médicaments et consultations hospitalières… Les maisons de retraite-construites par le privé- se veulent rentables. Pour y accéder dorénavant, il faudra disposer d’au moins 2.000 à 3.000€ de revenus mensuels ce qui va concerner une frange très mince de la population réunionnaise. A défaut, et notamment si les enfants ne peuvent prendre avec eux leur "gramoune", ils se verront privés d’une partie de leur héritage pour financer les frais d’hospitalisation et d’accompagnement. Alors qu’on sait qu’on ne pourra jamais construire suffisamment de structures, on ne développe même pas les soins à domicile, nettement moins coûteux. Voyons le drame de l’ARAST, ces centaines d’employés licenciés faute de financements, ces milliers de personnes âgées qui, dépendantes, ne bénéficieront même plus des soins élémentaires… Dans ces conditions, devons-nous vraiment nous réjouir de vieillir plus longtemps si ce doit être dans l’abandon et la souffrance ? Sommes-nous condamnés à finir dans des "mouroirs" pour personnes indigentes ? Le sort des gens qui travaillent n’est pas plus enviable : Alors qu’on aimerait pouvoir choisir l’âge de notre départ en retraite, on nous menace d’une allocation ridiculement basse-malgré nos plus de 40 ans de cotisation- si on ose parler de partir entre 60 et 65 ans. Les CDD généralisés compromettent gravement la validation de nos trimestres, sans parler qu’il faut en tant qu’indépendant par exemple gagner au moins 10.000€/an Pour se les voir validés. Le désespoir des accédants à la retraite est tel qu’on en est à mettre des vigiles en uniforme auprès des comptoirs d’accès, de hautes grilles et des interphones extérieurs-comme à la prison de Domenjod- pour protéger le personnel des "ayants-droits" en colère. Il faut des années pour avoir une estimation de retraite juste (toujours calculée à l’avantage de l’administration), plus de six mois pour obtenir la validation des trimestres du service militaire, et des mois de procédure pour obtenir les conclusions du tribunal administratif… Et l’avenir est encore plus sombre. Nicolas Sarkozy nous a déjà prévenu de surprises sitôt faites les élections régionales : Il est déjà en projet d’augmenter l’âge d’accession à la retraite par une augmentation régulière annuelle du nombre de trimestres de cotisation obligatoire et d’en réduire considérablement le montant par un calcul sur la durée totale des 41 ans (si vous avez commencé à 300€/mois, combien toucherez- vous ? 100/150€ :mois ?) Bienheureux sont ceux qui ont pu partir avant 2010… On veut des cotisants pour financer les retraites ce qui est tout à fait normal. Mais est-il normal de laisser la moitié des jeunes de notre pays-sans emploi et sans avenir- donc de leur refuser le droit au travail (un des droits fondamentaux de la constitution des "droits de l’homme"), alors que des milliers de nos anciens aspirent à une retraite volontaire et voudraient leur céder leur place ? Il n’est pas question ici d’imposer un départ à la retraite à 60 et 65 ans à ceux qui voudraient ou seraient dans l’obligation de travailler plus longtemps mais de permettre à ceux qui aspirent à un repos bien mérité de le prendre s’ils le désirent, quitte à gagner un peu moins. Cela permettrait à nos jeunes d’entrer enfin dans la vie active, permettrait l’innovation tout en réduisant le coût salarial, l’absentéisme et le "turn-over" pour l’entreprise. Comme la "pyramide inversée" de nos élus régionaux, notre pays ne marche-t-il pas aujourd’hui sur la tête ? Patrice LOUAISEL Lundi 8 Février 2010 - 09:51
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