J’étais une enfant, j’avais 11 ans. Mon père buvait. A la fin de son travail et surtout le week end, il s’arrêtait à la boutique. Dans le quartier du Chaudron, il y en a trois, la boutique Mi - prix, Ah fock et celle située à la périphérie Ouest. Mon père avait une préférence pour cette dernière qui n’existe plus ;
Chacune d’elles comportait un espace buvette dédié à l’alcool. Seuls les hommes le fréquentaient. Mon père nous interdisait de l’accompagner. Je crois que les femmes buvaient en cachette. Je me souviens d’une vielle voisine qui tenait toujours contre elle un petit sac, à l’intérieur une fiole de rhum.
Quand elle avait bu, il fallait se boucher les oreilles pour ne pas entendre les jurons.
La seule femme présente dans la buvette, la patronne ou la fille qui remplissait les verres de rhum, d’esprit de canne…
Une fois sortant de l’école je l’ai vu, le verre à la main, il se penchait la tête en arrière et d’un coup sec laissait le liquide s’écouler dans sa gorge. Puis il s’essuyait les lèvres du revers de sa main et déposait le verre vide sur le comptoir, continuant de discuter.
De quoi parlaient-ils ? Refaisaient-ils le monde ? Se confiaient-ils leurs difficultés ?... Je n’en ai rien su ;
A quel moment mon père quittait ce lieu. Quand la patronne trouvait qu’il avait trop bu, quand le crédit était épuisé ou quand il n’avait plus d’argent…
Pendant longtemps, je n’aimais pas les dimanches, mon père avait l’alcool grognon.
Un jour, ma mère est tombée gravement malade, les privations certainement. Mon père, malgré tout son amour, avait du mal à s’occuper de tous ses enfants.
Maintenant quand j’y pense, nous avons peut-être échappé à la Creuse. Nous ne pouvons refaire l’histoire, mais ce qui est arrivé à d’autres enfants, aurait pu nous arriver.
Une famille éclatée, des enfants séparés. Nous avons eu de la chance. Enfin, maman s’est rétablie, elle est revenue vivre à la maison.
Maintenant je suis adulte.
Quand je traverse le quartier du Chaudron, je revois ces mêmes boutiques avec les buvettes. Mais en apparaissent d’autres d’un genre nouveau, le snack-bar où la bière remplace le rhum.
Il n’y en a plus 3 mais 9 débits de boisson. Le serveur de jus de fruit frais parait bien isolé dans cet univers,
Je ne suis plus une enfant, je n’habite plus ce quartier. Mais je pense aux autres enfants qui y vivent, à une petite fille comme moi à l’époque qui voit son père rentrer en titubant…
La Présidente de Osons 974
Chacune d’elles comportait un espace buvette dédié à l’alcool. Seuls les hommes le fréquentaient. Mon père nous interdisait de l’accompagner. Je crois que les femmes buvaient en cachette. Je me souviens d’une vielle voisine qui tenait toujours contre elle un petit sac, à l’intérieur une fiole de rhum.
Quand elle avait bu, il fallait se boucher les oreilles pour ne pas entendre les jurons.
La seule femme présente dans la buvette, la patronne ou la fille qui remplissait les verres de rhum, d’esprit de canne…
Une fois sortant de l’école je l’ai vu, le verre à la main, il se penchait la tête en arrière et d’un coup sec laissait le liquide s’écouler dans sa gorge. Puis il s’essuyait les lèvres du revers de sa main et déposait le verre vide sur le comptoir, continuant de discuter.
De quoi parlaient-ils ? Refaisaient-ils le monde ? Se confiaient-ils leurs difficultés ?... Je n’en ai rien su ;
A quel moment mon père quittait ce lieu. Quand la patronne trouvait qu’il avait trop bu, quand le crédit était épuisé ou quand il n’avait plus d’argent…
Pendant longtemps, je n’aimais pas les dimanches, mon père avait l’alcool grognon.
Un jour, ma mère est tombée gravement malade, les privations certainement. Mon père, malgré tout son amour, avait du mal à s’occuper de tous ses enfants.
Maintenant quand j’y pense, nous avons peut-être échappé à la Creuse. Nous ne pouvons refaire l’histoire, mais ce qui est arrivé à d’autres enfants, aurait pu nous arriver.
Une famille éclatée, des enfants séparés. Nous avons eu de la chance. Enfin, maman s’est rétablie, elle est revenue vivre à la maison.
Maintenant je suis adulte.
Quand je traverse le quartier du Chaudron, je revois ces mêmes boutiques avec les buvettes. Mais en apparaissent d’autres d’un genre nouveau, le snack-bar où la bière remplace le rhum.
Il n’y en a plus 3 mais 9 débits de boisson. Le serveur de jus de fruit frais parait bien isolé dans cet univers,
Je ne suis plus une enfant, je n’habite plus ce quartier. Mais je pense aux autres enfants qui y vivent, à une petite fille comme moi à l’époque qui voit son père rentrer en titubant…
La Présidente de Osons 974

















