Faits-divers

Braquage à St-Leu : Trois condamnés, le "caïd" relaxé

Tribunal correctionnel de Saint-Pierre, audience du 15 mai 2014:


Braquage à St-Leu : Trois condamnés, le "caïd" relaxé
On pensait que ça allait être le procès du "caïd de Terre-Sainte", Jean-Pascal Cillon, l’homme qui aime à se présenter pour le dur-de-dur du Sud. Il faut dire que le bonhomme est compromis dans un casse à 400.000 euros au Tampon ; de là à lui prêter tous les péchés de la planète…
 
Il est le seul à être ressorti du tribunal non pas libre puisqu’il est déjà détenu pour une autre affaire ; mais pour cette affaire-là, du moins, on ne savait trop quoi lui reprocher. Pour les autres, c’est une autre paire de manches.
 
Le 19 juin 2013 à Saint-Leu… Jimmy Atchama, Johnny Osiris et Jean-Fabrice Turpin (et peut-être Cillon ?) décident d’aller se renflouer en cambriolant un commerçant. C’est une des rares certitudes de l’affaire. Pour le reste, on baignera dans un flou total jusqu’à la fin : qui a repéré les lieux ? qui a eu vent de la bonne affaire ? qui a décidé qui à venir ? qui a gagné quoi ?
 
Malgré l’enquête pointue de la gendarmerie et les questions incisives de la présidente Ramage, nous resterons sur notre faim.
 
Un constat s’impose : les trois principaux accusés ne cesseront jamais de se renvoyer la balle : "La pas moin ça, c’est lu !" Ils ont fait la preuve de leur vraie personnalité : loin d’être de vrais gens du milieu avec un certain sens de l’honneur (?), chacun se renvoie la balle et accuse son complice.
 
Cette fois-là, ils sont entrés chez des commerçants saint-leusiens et ont fait main-basse sur un coffre, du numéraire (entre 2 et 4000 euros, on ne saura pas combien), quelques bijoux fantaisie et, surtout, des armes de gros calibre. Rien de moins qu’un 357 magnum, un Colt 45 et un fusil à pompe. Des armes plus souvent utilisées pour braquer ou buter quelqu’un que dans la chasse tangue.
 
Un vrai nid de guêpes ! Atchama met tous les autres en cause : il ne fut que chauffeur. Osiris mouille Atchama. Cillon nie tout et traite Atchama de traître. En confrontation, des menaces de représailles fusent. Cillon semble faire peur à tous. Turpin reconnaît enfin sa participation après avoir tout nié jusqu’alors. "Je n’ai eu que 400 euros…" Ce sera comme ça du début à la fin !
 
Il y eut quand même un épisode comique, suscité par un fou-rire de la présidente Ramage : elle a observé attentivement Cillon qui, a un moment donné, a opiné devant les réponses d’un de ses comparses.
 
"Vous approuvez, monsieur Cillon ?" Fou-rire contagieux participant de ces instants de correctionnelle que l’on prise fort. Mais Cillon n’a rien approuvé du tout. Un tic sans doute ?
 
Ce qui ressort clairement des débats, avec les constatations des enquêteurs, c’est que le butin a été partagé. Pour les responsabilités, les prévenus resteront sur leur ligne défensive : "C’est pas moin, c’est lu la commencé !"
 
Le procureur Zuchowicz, armé d’une zénitude digne d’admiration, a admis que s’il ressortait de tout ça une embrouille peu commune, il n’en restait pas moins l’écoute des échanges téléphoniques entre ces peu reluisants protagonistes, qui ne laissait aucun doute sur leurs responsabilités respectives. Et d’admettre que malgré sa sinistre réputation, et sa compromission dans d’autres affaires à charge, rien ne permettait d’incriminer vraiment le soi-disant caïd.
 
Me Nathalie Pothin, représentante d’Osiris, s’est armée de tout son talent (et d’une flamboyante chevelure) pour faire vibrer la corde sensible. Un père de famille à la dérive, accablé de dettes, honteux après des mois de détention, qui a une perspective de réinsertion (une promesse d’embauche à Saint-Paul).
 
Me Marine Payet, pour Turpin, a mis en avant le fait que son client n’est pas un organisateur, "juste un suiveur. Pas un violent, un peureux, déjà grand-père et arrière-grand-père à 36 ans ! Comme les autres, il a peur".
 
Ce cas est le plus incompréhensible. Turpin est employé à la Sapmer où il est considéré comme un travailleur de grande valeur. La Sapmer, apparemment, n’attend que son retour sur le pont. Alors ? Alors, son cas n’est pas fini, on vous le réserve pour la fin.
 
Me Normane Omarjee, un des plus prometteurs jeunes avocats du barreau sudiste, n’a pas eu trop à se fatiguer. "Heu-reux !" a-t-il dit pour parodier Fernand Reynaud. Heureux que l’accusateur public s’en soit remît à "la sagesse de la Cour" concernant Cillon, il a, en pénaliste de choc, décortiqué un à un les moindres éléments du dossier. Sa plaidoirie, montre en main, n’a pas duré 10 minutes !
 
"Vous ne jugez pas le caïd de Terre-Sainte ici !"
 
Il revenait à Me Frédéric Hoarau le plus difficile. Atténuer les responsabilités de celui qui, au fil de l’audience, apparaissait comme le responsable de toute l’affaire, Atchama. Relevant le fait que Turpin avait eu la plus belle part (une part du butin plus les armes) et que, peut-être, un cinquième comparse jamais identifié avait été partie prenante, l’avocat a encore semé le trouble dans une affaire qui était déjà suffisamment troublée comme ça.
 
A l’issue du délibéré, Me Normane Omarjee a eu la pudeur de ne pas jubiler devant ses confrères : Cillon était relaxé des chefs de la poursuite. Il est quand même reparti menotté puisque détenu pour une autre affaire.
 
Atchama et Osiris récoltent une addition de 10 mois dont 6 avec sursis.
 
Quant à Jean-Fabrice Turpin, il a la totale. 15 mois fermes. Plus une addition complémentaire car, dans la foulée, la Cour l’a jugé pour détention et vente de zamal, en récidive. Lors d’une perquise, les gendarmes ont découvert chez lui du zam en quantité impressionnante, dans des cartons, dans son frigo, des boîtes, et même en branches de bel aspect. Plus quelques milliers d’euros à la provenance inexplicable selon lui.
 
Il a donc payé la plus lourde addition : 15 mois fermes pour Saint-Leu, et 6 mois fermes pour le zamal.
Vendredi 16 Mai 2014 - 11:48
Jules Bénard
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1.Posté par jb le 16/05/2014 14:53
L'auteur de cet article, Mr Jules Bénard, a sans aucun doute un vrai talent de rédacteur. Mais ce qui me gêne après lecture, c'est le ton utilisé: presque amusé, léger même parfois. Parce que derrière les faits relatés, il y a de vrais drames humains. Celui des victimes d'abord, et aussi celui des auteurs. Sans compter la société réunionnaise toute entière qui doit aujourd'hui faire face au banditisme.

Une recherche rapide sur internet donne ceci pour Jules Bénard: "Comme écrivain, il a débuté dès 1976 en publiant en feuilleton deux romans policiers “Neige sur La Réunion” et “Une fois de trop” dans le Quotidien de La Réunion." Je ne sais pas si c'est le même Jules Bénard qui a rédigé cet article, mais je ne serais pas étonné. Mais ce serait alors assez consternant car un journaliste avec une telle expérience et une telle maturité semblerait avoir perdu toute mesure de la gravité des faits.

2.Posté par franck le 16/05/2014 16:05
la société réunionnaise toute entière qui doit aujourd'hui faire face à la plus grand violence de france une violence barbare sans justice vraiment on n'a de beau jour sur l'île de la Réunion

3.Posté par arthur le 16/05/2014 16:21
publi reportage pour certains avocats? Rigolo.

4.Posté par Surcouf le 16/05/2014 18:22
Quand on est journaliste, on devrait être triste? J'aime le ton de Jules BENARD qui relate avec sérieux sans prendre le reste trop au sérieux. Un peu d'humour ne fait pas de mal surtout au tribunal où on voit la misère intellectuelle défiler à la barre la plupart du temps.

5.Posté par Jules Bénard le 16/05/2014 19:57
à posté 1 : je vous remercie chaleureusement pour le "vrai talent de rédacteur" que vous me prêtez si gentiment. Ca fait toujours plaisir à entendre et je vous en suis bien sincèrement reconnaissant. Quant au "ton amusé, léger" que vous évoquez, que vous dire ?...
Je suis loin d'être insensible aux drames bien réels que vous dites.
Toute ma carrière journalistique et littéraire est empreinte d'empathie envers les plus misérables de nos compatriotes. J'essaie en cela de marcher (humblement) dans les pas de notre maître à tous, le grand Victor Hugo.
Je pourrais, bien sûr, raconter, seulement raconter.
Mes jeunes collègues du JIR et du Quotidien le font très bien et ils ont bien du talent. Quant à moi, j'essaie d'apporter un éclairage nouveau, une "distance" que m'autorisent mes quelques décennies de plus. Les "baveux" (terme d'appréciation) de Saint-Pierre semblent apprécier ma façon d'écrire.
Puis-je vous répéter ce que j'ai maintes fois dit ? "La dérision est ce qui nous sauve de la désespérance". Surtout l'autodérision, car je ne m'absous jamais. Sans cette distanciation, je vous l'assure, il y a longtemps que je serais tiré une balle dans la tête ! J'écris "décalé", c'est vrai ; "au second degré", vrai aussi.
Le posté 3 dit que je fais du publi-reportage pour certains avocats. Ce n'est sans doute pas faux. Il est vrai que j'admire les gens qui parlent bien et ont la conviction chevillée au corps. Surtout lorsque ce corps s'appelle Nathalie P... Je suis attaché au souvenir de grands batailleurs d"audience, Jacques Técher entre autres. Mais les Albon, Féri, Ousmane, Frédéric, Ferrante, Cazal etc. (que me pardonnent ceux que je ne cite pas) sont leurs dignes successeurs.
Alors, je ne vais quand même pas en dire du mal ! Pas plus que je ne vais cacher mon admiration lorsqu'une présidente fait s'esclaffer la salle en faisant semblant de ne pas y toucher !
J'accepte les critiques suite à mes comptes-rendus d'audience correctionnelle de Saint-Pierre. Je ne suis pas parfait, loin de là. Qui l'est ?
Je vous remercie une fois encore pour vos remarques, bien sincèrement. Jules Bénard.

6.Posté par Jules Bénard le 16/05/2014 21:10
à Surcouf : merci !
Auriez-vous un ancêtre pirate par hasard ?

7.Posté par laulo le 18/05/2014 11:05 (depuis mobile)
Je ne noterai que des faits inquiétants concernant la reprise économique sont disséminés dans cet article. Nous sommes en 2014, et un entrepreneur est aujourd''hui dans l incapacité de dire à un tribunal s il y a 2000ou 4000 euros dans son coffre.

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