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Blog d'Albert Ramassamy: Les lointaines tribulations d’un "p’tit malbar"

Parler de soi est une épreuve. Mais pour les aînés, c’est un devoir. Formés à l’école de la vie, ces aînés n’ont-ils pas le devoir d’aider de leur expérience, les universitaires et les élus devenus décideurs ?. Si certaines décisions administratives, cependant coûteuses, manquent leur but, c’est parce qu’elles ne sont pas adaptées à la réalité locale. Cette réalité, personne ne la connait en dehors de ceux, qui ont été, ou les acteurs ou les témoins de la transformation de la société réunionnaise. Car, elle n’est pas dans les livres d’histoire, mais dans les mémoires.


Blog d'Albert Ramassamy: Les lointaines tribulations d’un "p’tit malbar"
En tant qu’Aîné, je m’autorise à donner mon avis sur le choix de la langue d’éducation. Comme tous les enfants du peuple, j’avais atteint l’âge adulte sans m’être exprimé oralement en français. J’ignorais que j’en étais incapable. L’évènement qui me l’a fait découvrir, m’a marqué à vie. J’en fus traumatisé. Comment l’aurai-je su ?. En classe, les élèves que nous étions, récitaient des leçons, faisaient des exercices écrits… Le Maître n’avait pas le temps de nous faire parler. Il monologuait devant nous. Il en fut ainsi, durant ma longue scolarité. J’apprenais le français par aspersion, tandis que je baignais dans la culture créole. Cette aspersion ne dépassait pas les limites de la classe. La radio existait peut-être, mais ses émissions limitées à un bulletin d’information n’étaient pas reçues dans mon village, dépourvu d’électricité. Quant à la télévision, elle était encore dans les limbes de la pensée inventive.

Ce qui devait arriver, arriva. Mobilisé, transporté à Madagascar (1943) et là, fort de mon brevet élémentaire et de mon année de Cours normal, je demande une audience à mon supérieur, officier. Ce fut une catastrophe. Une fois la première phrase dite, j’ai trébuché sur le reste, sans pouvoir me relever. Et depuis, avaient commencé mes angoisses. Devenu instituteur, je vivais dans la peur des chefs. Dés que l’un d’eux paraissait devant moi, je transpirais des paumes. Un croissant humide se dessinait sous mes aisselles comme pour me trahir. Et quand, je tentais de parler, ma voix se rebellait, s’enroulait en une pelote qui me bouchait la gorge. J’étais paralysé. Il en a été ainsi jusqu’au jour ou contre mon gré, je fus porté à la tête d’un syndicat fortement politisé. Majorité et opposition lançaient dans les combats leurs plus rudes jouteurs devant des salles combles. Leader de la majorité, c’était à moi de défendre mon camp. Je le fis avec tellement de rage et de conviction que ma parole se libéra. Au temps d’aujourd’hui, on peut s’épargner la honte de trébucher, dans l’usage de la langue française, par une fanfaronnade. Français ! "mon lé pas là, ek ça moin". "Moin na mon lang, mon quiltir". Si j’avais cette possibilité et que j’en avais usé, j’aurai échappé à l’humiliation, mais j’aurai raté, l’ascenseur social qui m’a si bien servi.

"Le Français nous a fait don de ces mots abstraits, si rares dans nos langues maternelles" (SENGOR) Si tu verses des larmes pour l’apprendre, ces larmes se font pierres précieuses. D’ou mon conseil : Parents, concernant votre enfant, prenez la bonne décision au bon moment. Si à l’entrée en 6ème, il n’a pas une maitrise de la langue française, égale à celle de ses camarades, il sera tenté de se défendre d’être repris devant eux, par une bravade : "moin nana mon lang !". Ce faisant son échec scolaire sera programmé.
Vendredi 9 Septembre 2011 - 14:56
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1.Posté par ndldlp le 09/09/2011 17:43
encore faut il que les parents sachent s'exprimer en français?

2.Posté par Dr Cali Méraut le 09/09/2011 19:31
1....le monsieur t'explique que ses parents ne s'exprimaient pas en français...et qu' il y est arrivé uniquement avec l'école (sans cours en créole ou de créole).....et surtout...en osant !!!

En plus il n'avait ni tv ni radio...à contrario des gamins actuels !

J'ai eu un peu le même cas que ce monsieur avec l'anglais, appris à l'école..sans que ça rentre vraiment, ni que ça m'intéresse, sans jamais le parler ou l'entendre hors école.

Cependant, le jour ou je me suis trouvé dans l'obligation de parler anglais car immergé avec des anglophones, c'est venu très rapidement (compréhension en premier) et une fois la timidité dépassée j'ai pu me laisser aller, et ce que j'avais appris longtemps avant est ressorti très vite et j'ai pu m'exprimer correctement, en progressant rapidement !

3.Posté par Tanbi le 09/09/2011 20:55
Ah beurk le ramassi
Proviseur et sénateur, j'en ai croqué donc forcément je suis un indéfectible soumis à ce système. Franchement citer SENGOR là est une honte pas une caution.
Albert le départementaliste une minable aberration historique.

4.Posté par franc eric le 10/09/2011 08:55
Allez goutte ça donc!
Depuis le temps que l'on essaie de faire croire aux gens que le créole à l'école est indispensable pour mieux comprendre le français!
Donner toutes les chances de réussite scolaire à nos enfants, c'est aussi laisser un peu de place au français aussi bien à la maison qu'en dehors. Beaucoup l'ont d'ores et déjà compris et assurent une ouverture sur le monde à leur progéniture.

5.Posté par ndldlp le 10/09/2011 10:29
qu'AR fasse la sortie des écoles, à entendre les propos des parents, des enfants..
entendu à st andré le troisième jour de la rentrée d'une gamine de 8 ans "à moin, mi gagn' pas koz francé..Le francé , c'est "moi je moi je"... mi gagn' pas'

pensez bien que les parents sont dans la même situation, et pour être immerger, encore faut il voyager !

le dépit conséquence de l'échec de la départementalisation (50% de pauvres à la Réunion..qu'en ont ils à foutre de parler français, si ce n'est pour l'utiliser qu'à pôle emploi), pour certaines générations, n'est pas pris en compte dans l'analyse de l'ancien sénateur.

6.Posté par Mwinmidike le 10/09/2011 21:23
Cinquante ans nous séparent M. RAMASSAMY, difficile de comprendre les difficultés que vous rencontriez à l'époque au sujet du langage. C'est en lisant le commentaire n° 2 ci-dessus, que j'ai compris. Effectivement, si je devais m'exprimer demain en anglais (sans filet), sûr que je tomberais !
Vous avez donné votre avis sur le choix de la langue d'éducation, je suis du même avis que vous, mais dans votre dessein, accordez-vous quand même une place à notre langue créole ? N'est-ce-pas la crainte de certains de la voir disparaître qui a fait naître le débat Français Créole à l'école ?

7.Posté par Joseph le 18/09/2011 12:20
A POSTE6
LE CRÉOLE NE DISPARAITRA PAS : C'EST UNE "LANGUE LOCALE " RECONNUE MAINTENANT ! CE qui pose problème à de nombreux Réunionnais( de toutes origines ethniques) ,c'est l'écriture ,la graphie que CERTAINS (je dis bien certains )nostalgiques de leur campagne 1959-63-89 ,s'entêtent à vouloir nous imposer (" W -K- Y -Z ...°)! C'est une écriture difficile à lire ,fastidieuse parce qu'on prend du temps à la déchiffrer ! L'objectif visé c'était de faire admettre que le créole était une langue tout à fait différente du français ,bref une langue qui n'avait absolument rien à voir avec la langue officielle de la" NATION-FRANCE" ! Ridicule , n'est-ce pas ? Je me souviens , il y a quelques années , lisant le journal communiste local , je demandai à mon coiffeur (connu pour ses idées communistes ) :" tu as lu l'histoire en créole"? Eh bien , à ma grande surprise , il me répondit ;"oh ,non ,je ne comprends pas le russe !!! SANS COMMENTAIRE N'EST-CE PAS ?

8.Posté par grangaga le 18/09/2011 14:57
Mwin la pran kour' portigué, l'anglé, fransé, sénégalé èk' lo bann' dérivé an kréol' tèl lo bréziliyn, cap-verdiyn, sin-martin tou sa.
Mi krwa té domaz' po mwin, si mwin té y éssay' mèm' pa konprann', lir' é ékrir' ne serèss' inn' ti boutt' mon langaz' kan mèm'.
A mwin ke.... je raconk' a tou l'mond' ke no z'ancètt' té dé gaulois, é ke solèy' apré " LA PWAK A MWIN"

9.Posté par bertel le 18/09/2011 17:24
"Le Français nous a fait don de ces mots abstraits, si rares dans nos langues maternelles"

Moralité... si jamais il fallait en avoir une ...

Tous ceux qui n'ont jamais parlé français de leur vie et ... "ke la touzour koz pa kom ou"... auraient donc été privés à vie du sens des métaphores, de l'implicite... de leur langue maternelle et n'auraient jamais été dotés... naturellement... d'abstraction ?

Mon Dieu !

Mais tous ces gens ignares qui ne parlaient pas le "françois" ... châââââtié... ont quand même "produit" de brillants... sénateurs... chefs d'établissement... écrivains...

A koz ?

Bertel de Vacoa

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