Société

Axel Kichenin : Derrière l'homme politique controversé, le militant culturel reconnu...

Samedi 12 Août 2017 - 06:45

Axel Kichenin : Derrière l'homme politique controversé, le militant culturel reconnu...
Pour le grand public le docteur Axel Kichenin, dont l'état civil complet comprend, comme pour de très nombreux enfants de familles réunionnaises d'origine indienne, un deuxième prénom tamoul, Saminadin en l'occurrence, restera sans doute dans l'histoire de la Réunion un homme politique au parcours très controversé.
 
Mais avant de faire de la politique, c'est par le militantisme culturel que, très tôt, le jeune étudiant se fait remarquer et jouera un rôle majeur au sein de la communauté tamoule.
 
Né le 24 janvier 1950, neveu du très respecté bâtonnier René Kichenin, c'est à Marseille que le jeune Saminadin Axel entame, après son bac, ses études de médecine.

Pourtant, ce n'est pas vraiment dans la capitale phocéenne que le futur Dr Kichenin fera ses premières armes politiques. Nous sommes en 1969 et à plusieurs encablures de Marseille, à Grenoble, quelques étudiants réunionnais font leur révolution. Ils virent leur direction, jugée trop corporatiste et trop compromise avec les départementalistes. Parmi ceux qui sont à l'offensive, relevons deux noms, Alain Lorraine et  Jean-Pierre Dambreville. Parmi ceux qui sont débarqués, retenons celui de Jean-Claude Fruteau. Le jeune Kichenin croise alors tout ce petit monde. Des amitiés se tissent, comme des inimitiés s'ancrent, qui auront des conséquences politiques importantes pour la Réunion une trentaine d'années plus tard.
 
Saminadin Axel Kichenin, se désespérant des conflits religieux, culturels et identitaires qui opposent au sein des Réunionnais d'origine indienne ceux qui exigent la stricte application de l'orthodoxie religieuse et se définissent comme tamouls, à ceux qui se considèrent comme  malbars et entendent continuer à pratiquer une religion populaire comme leurs ancêtres, se fait le chantre de l'indianité et de sa voie réunionnaise.
 
C'est comme militant culturel indianiste et réunionnais qu'Axel Saminadin Kichenin se définit et se présente. Il n'aura alors de cesse, à son retour à La Réunion à la fin de la décennie 1970 comme médecin  à Sainte-Marie, d'œuvrer au sein de l'Union Tamoule dont il est un des fondateurs pour l'unité de ce qu'on appelle désormais la communauté tamoule et l'acceptation des diverses pratiques cultuelles. L’occasion pour Axel Saminadin Kichenin de gagner en prestige.
 
En mai 1981 survient l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République. Le docteur Kichenin fait alors partie de la minorité des médecins de La Réunion qui se désolidarise de ses confrères pour soutenir les mesures prises par le gouvernement de Pierre Mauroy en matière de santé publique, puis il s'engage plus ouvertement en politique en lançant son propre parti, le "Mouvement Progressiste de Gauche" ( MPG).
 
Pour le docteur Kichenin, la victoire de Mitterrand crée les conditions pour l'avènement d'une nouvelle politique, respectueuse du pluralisme culturel et du développement de la Réunion dans le cadre français. Le MPG a vocation à s'implanter sur toute l'île avec, pour objectif immédiat, d'enlever la municipalité de Sainte-Marie à Yves Barau qui est une des figures emblématiques de ceux qu'on appelait alors le "camp des nationaux". Maire de Sainte-Marie depuis 1967, président du Conseil régional, président de l'association des maires, Yves Barau est battu par Axel Saminadin Kichenin aux élections municipales de mars 1983 au terme d'une campagne marquée par de nombreux affrontements.
 
La victoire du  Docteur Kichenin, à la tête d'une liste  regroupant des communistes, des socialistes, mais surtout des personnalités venues du monde culturel et social, marque les esprits. Aux cotés du docteur Kichenin, de ses alliés et de ses militants du MPG dont la tête pensante est Firmin Lacpatia,  on retrouve Jean-Pierre Dambreville à la direction de l'administration municipale et Alain Lorraine aux questions culturelles, mais aussi dans leur sillage de nombreux acteurs culturels comme Alain Séraphine, Boris Gamaleya, Carpanin Marimoutou notamment, tous désireux d'écrire une nouvelle page de l'histoire politique de la Réunion.

Mais passée la première année, marquée par des initiatives culturelles tout en symboles, les dissensions  s'installent au sein de l'équipe municipale, ouvrant la voie à des crises et surtout à la sortie de sombres affaires, dont certaines de corruption, et de nombreux soutiens s'éloignent.
 
A peine un an après sa triomphale élection, Axel Saminadin Kichenin est arrêté et incarcéré. Ses partisans hurlent naturellement au complot et campent devant la prison de la rue Juliette Dodu. Axel Kichenin est finalement remis en liberté mais néanmoins condamné au terme de son procès.
 
Le docteur Kichenin vient d'inaugurer la longue liste d'élus qui auront maille à partir avec la justice et qui, comme lui pour quelques uns d'entre eux, fréquenteront la prison. Reconnu coupable, déchu de ses droits civiques, le docteur Kichenin sera gracié par François Mitterrand à l'occasion de sa réélection en 1988.
 
Le Dr Kichenin connait alors une traversée du désert de plusieurs années, avant de réapparaitre aux élections de 1998 à la tête d'un mouvement qui s'appelle désormais l'Union des Progressistes Réunionnais (UPR). Elu au Conseil Général en 1998, le docteur Kichenin fait battre Jean-Claude Fruteau à la présidence de l'assemblée départementale en lui préférant la candidature de Jean-Luc Poudroux. Vice-président du Conseil Général entre 1998 et 2004, en charge de la Coopération régionale, le docteur Kichenin présidera notamment le Conseil d'Administration du CHD, mais ne réussira jamais plus à reconquérir la municipalité de Sainte-Marie.
 
Quant à son parti politique, lâché par ses soutiens et amis de la première heure suite aux multiples démêlés de son fondateur avec la justice, et malgré ses changements de noms successifs, il ne réussira jamais à avoir une implantation autrement que sainte-marienne. 
 
Si l’on peut considérer que le Dr Kichenin n’a pas réussi une implantation politique dans le temps et en dehors de son fief saint-marien, il aura incontestablement réussi à graver dans l’histoire de notre ile son combat culturel, ce par quoi le jeune étudiant s'était fait connaitre dans les années 70.         
 
Pierrot Dupuy
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1.Posté par Jose le 12/08/2017 07:29

C'est pas parce-qu’il n'est plus qu'il a été un grand homme, c'est à chaque fois la même chose, la mort rend les gens meilleurs qu'ils ne l'étaient vivants.

Ce n'est pas le premier, l'autre, celui de la Région a eu les mêmes honneurs, et les commentaires des lecteurs n'avaient pas été très élogieux à son propos.

Assez de cette hypocrisie post mortem, s'il était exceptionnel, il fallait l'honorer alors qu'il était là pour l'entendre.

2.Posté par Et la gauche ? le 12/08/2017 08:31

Combattu par son adversaire naturel, la droite, mais aussi et surtout en sous-main, par la bande à Anette, les socialistes dionysiens. La gauche de Sainte Marie ne l'oubliera jamais et fera basculer l'élection du sénateur socialiste Albert Ramassamy, dans la défaite.
En politique, Axel Kichenin restera l'homme qui a délogé un des derniers piliers du colonialisme en la personne de Barau, et a ouvert la voie au renouvellement de l'époque.
Certains se déplaceront pour un dernier hommage, mais nous leur conseillons les lunettes noires des mafieux.
un membre du Mouvement Progressiste Réunionnais.

3.Posté par Dignité le 12/08/2017 08:44

Condoléances à la famille.

Peut-on savoir la cause de sa mort?

Sinon, ce que je retiens de lui c'est qu'en tant qu'homme de gauche, il a fait battre la gauche au Conseil Général en 1998.
Donc, ses convictions politiques n'étaient pas si ancrées que cela.Dans les faits, il était plus communautariste. En effet, en 1998 il était plus proche de Jean Paul VIRAPOULLE que de la gauche incarnée par JC FRUTEAU.

4.Posté par PEC-PEC le 12/08/2017 09:03

Pour avoir bien vécu les élections de 1983 à Sainte Marie, ce fut effectivement assez musclé ! ! ! ! Les colleurs d'affiches ont donné et reçu pas mal de coups....Les pots de colle et les battons volaient bas la nuit venue. Kichenin et Lorraine haranguait leurs troupes les poussant à l'affrontement physique....Heureusement on a pu démontrer les malversations financières et les discriminations culturelles montées par son équipe, particulièrement orientées anti blancs. Kichenin n'a pas laissé un souvenir impérissable pour la paix dans la commune, contrairement à ce que votre article laisse entendre.

5.Posté par bonnemémoire le 12/08/2017 09:58

On lui doit notamment, dans le chapitre culturel, la fameuse statue de la Liberté commandée à Alain Séraphine, inaugurée à La Rivière des Pluies , le 20 décembre 1983. et les fameux souterrains, ouverts au public la même année , où les esclaves des Desbassyns auraient été enfermés.

Mais de façon plus importante on lui doit d'avoir pacifié les relations au sein des différents mouvements culturels et cultuels malbars /tamouls dont les inimitiés et les affrontements étaient publics.

Parmi ceux ayant rejoints son mouvement en 1982 , il y a plusieurs cadres du secteur social , dont le plus connu alors était Jean- Yves Gilles, directeur de l' Institut de formation des travailleurs sociaux .
Ce qui vaudra à Jean- Yves Gilles, et à quelques autres, de sérieux problèmes professionnels pour s' être engagés avec le Docteur Kichenin.

6.Posté par Atterré ! le 12/08/2017 10:29

Maintenant qu'il est mort on va lui trouver que des qualités ! ! !
Bandes d’hypocrites !

7.Posté par cimendef le 12/08/2017 10:47

Il a fait battre Jean Claude Fruteau et pour cette seule raison il a mon estime quand on voit la situation de la commune de saint benoît depuis que ce triste sire la "dirige".

8.Posté par omo le 12/08/2017 11:01

3
sur " la gauche incarnée par J C Fruteau" je crois que l' article est éclairant .

9.Posté par Domi le 12/08/2017 11:10 (depuis mobile)

Post 2 en 2017 et toujours aussi ignorant ? je vous souhaite de ne pas mourir idiot.
Pensez vous qu''il faut avoir quelques arpents de terre pour être colonialiste ? Ou être né Blanc ?

10.Posté par DOGOUNET le 12/08/2017 11:20

AAAAAHHH les Marimoutou et autres Séraphine ! Normal qu'avec de telles "lumières", il ne soit pas allé bien loin.

11.Posté par Perplexe le 12/08/2017 12:41

Quand il était opposé à Jean Louis Lagourgue pour sa réélection en tant que maire, je me souviens que la presse avait relaté que pendant les messes, des personnes distribuaient des tracts dans l'église de Sainte-Marie pour demander aux fidèles de ne pas voter pour un Tamoul qui pratique l'hindouisme car ça fait déshonneur à la ville qui porte de le nom de la vierge...

Ce genre d'évènement faisait partie du décor dans la politique locael à l'époque, comme les broquettes fanées sur les routes plus antérieurement...

Et maintenant quand je vois tous les Yabs, Caffres, métissés,... en saris, vestis, poutou de Shiva au milieu du front, prenant d'assaut les boutiques indiennes de l'Est pour acheter des offrandes pour les divinités hindoues, ça me fait bien rigoler...

12.Posté par MACROOO le 12/08/2017 12:47

tous les hommes ont leurs défauts, mais on peut lui reconnaître la sincérité et l humanité.....

13.Posté par klod le 12/08/2017 17:00

post 12 a tout dit . RIP .
vu l'histoire de la run ................ cet homme a œuvré pour plus de respect de chacun . vive le multiculturalisme , vive la civilisation créole , et oui , pa plus pa mwin .
respecte chaque souffle y né su cette terre .

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