Départementales 2015

Au fil des mandatures...

Dans quelques jours auront lieu les élections départementales anciennement appelées élections cantonales.
Pour mieux comprendre les enjeux de demain, Zinfos vous propose, à l'instar des dernières élections municipales, une analyse sur l'histoire de cette institution qu'est le Département.
Affinez votre réflexion autour de cette élection, plongez-vous dans les périodes les plus marquantes et venez débattre sur Zinfos.


C'est dans l'actuel muséum d'histoire naturelle à Saint-Denis que siégeait le conseil colonial, ancêtre du conseil départemental.
C'est dans l'actuel muséum d'histoire naturelle à Saint-Denis que siégeait le conseil colonial, ancêtre du conseil départemental.




Après "Le conseil départemental: le dessous des cartes " et "La bataille des assemblées locales ", c’est une plongée dans l’histoire d’une institution plus que centenaire, et qui reste à écrire, que nous vous proposons dans ce troisième volet, en multipliant les approches sur la longue durée.







Un univers masculin
 

Le premier fait qu’il nous faut relever c’est qu’au Conseil Général nous avons fondamentalement à faire à un monde d’hommes. Il y a d’abord une première raison à cela c’est que le droit des de vote des femmes est, en France, une conquête tardive. Elle ne date que de 1944 et ce qu’on appelait jusqu’alors "suffrage universel" est une formule abusive puisqu’étant l’expression d’un droit réservé aux seuls hommes.

Ce n’est donc qu’à partir des élections de 1945 que les femmes peuvent, et voter, et être candidates. Mais peu de femmes vont siéger au sein de l’assemblée départementale pour plusieurs autres raisons. Pour être élue, il faut être présentée par un parti et être soutenu par la municipalité en raison du découpage des cantons qui s’identifient aux communes ou qui sont des portions du territoire municipal.

Illustrons à travers quelques exemples ce postulat. Les premières conseillères générales, jusqu'à la fin de la décennie 1950, ce sont des communistes. Et pour cause, la Fédération communiste est le seul parti doté d’une organisation, avec un leader, Raymond Vergès, alors qu’à droite, toute à ses querelles intestines, il n’y a ni organisation, ni leader, mais une multitude de petits partis avec autant de chefs. D’où l’élection de Marie Vergès, à Saint-Denis en 1945, où son neveu Raymond, est maire.

C’est aussi la situation de Marie Gamel en 1956, élue communiste de Saint-André où le maire est encore Raymond Vergès. Après la décennie 1960, où aucune femme ne siège au Conseil Général, l’arrivée, en 1970, de Marie–Thérèse de Chateauvieux, "Mamzelle", la première femme de droite à faire son entrée à l’assemblée départementale, confirme le postulat.
En effet, quand elle se présente sur le deuxième canton de Saint-Leu, "Mamzelle" est maire de cette commune depuis cinq ans. Autrement dit, si depuis 1944 les élections ne sont plus qu’une affaire d’hommes, les mandats électoraux demeurent le privilège des hommes. Aussi ce sont au mieux qu’une ou deux femmes à réussir, selon les mandatures, à se faire élire au conseil Général, jusqu’à ce que la loi s’en mêle.
 

Du coup on voit combien les élections qui viennent, constituent de ce point de vue une véritable révolution, en attendant de voir si, au troisième tour, la Présidence de la nouvelle assemblée, restera détenue par une femme.

 

De l’élimination des professions agricoles à la domination des fonctionnaires
 

Si on regarde, maintenant, les origines socio-professionnelles des élus qui ont siégé au Conseil Général, c’est toute l’évolution et les mutations de La Réunion que l’on peut suivre. En effet, longtemps les conseillers généraux sont des notables liés au monde agricole, propriétaires fonciers ou usiniers.

De la période coloniale aux années 1960, cette situation n’évolue guère. Les professions agricoles sont très majoritairement représentées. Ainsi en 1956, sur les 36 conseillers généraux, 17 exercent une activité professionnelle relevant de l’agriculture, y compris la seule conseillère générale, Marie Gamel, qui déclare être colon. Trois conseillers généraux sont médecins ou dentistes, et l’assemblée départementale ne compte qu’ 1 enseignant. Sur les 5 membres du bureau, 4, dont le président Roger Payet, sont des propriétaires fonciers.

Quinze ans plus tard, le nombre de conseillers étant le même, la représentation des propriétaires fonciers entame une baisse qui ira jusqu’à son élimination quasi-totale dans les décennies qui suivent. Ils ne sont plus que 14 lors de cette mandature, dont "Mamzelle", la seule conseillère générale. Les enseignants sont désormais 3 parmi les élus, et les médecins, dentistes ou pharmaciens 7. La composition du bureau de l’assemblée est encore plus éclairante.

Sur les 7 membres composant le bureau, il ne reste plus qu’un propriétaire agricole, 4 sont des médecins, dont le président, Pierre Lagourgue, 1 est enseignant et le septième est un cadre. Ce processus, s’amplifiant, va consacrer la domination des fonctionnaires, principalement les enseignants, dans les mandatures qui suivent. C’’est ainsi que, depuis 1988, tous les présidents qui se sont succédés au Palais de la Source, sont des enseignants : Eric Boyer, Christophe Payet, Jean- Luc Poudroux, Nassimah Dindar.

Des enseignants qui certainement, en sus de leur compétence disciplinaire dans le domaine de l’instruction, l’histoire-géographie pour l’une, les sciences naturelles ou la technologie pour les deux autres ou encore l’acquisition des propriétés de la multiplication, pour un quatrième, ont acquis un expertise avérée en agriculture ou dans le champ du social, compétences du Conseil général ! Ce qui d’ailleurs expliquerait que, leur mandat non renouvelé, leur priorité est de se réorienter professionnellement ou alors de prendre leur retraite d’enseignant.


 

Deux personnalités d’envergure
 

Si on regarde enfin dans cette longue liste d’élus, ceux qui ont marqué l’histoire de cette assemblée, en la présidant, ou, plus rare, en renonçant à la présider, deux personnalités exceptionnelles s’imposent.

Commençons par celui dont la mémoire politique et collective a gardé peu de trace de son action. Il s’agit de Nicole Robinet de La Serve. Et pourtant quel destin hors du commun que celui du penseur et fondateur du mouvement autonomiste des Francs-Créoles. Ce lycéen brillant, lauréat du Concours Général en 1812, poursuit ses études supérieures à Paris.

Docteur en droit, il devient un avocat brillant et un journaliste réputé. Redouté par les autorités royales, il renonce à une carrière nationale de grande envergure pour rejoindre son île natale. Nicole Robinet de La Serve vient seconder sa mère, veuve et malade, qui est à la tête d’une exploitation agricole à Champ- Borne. Par ses écrits et ses discours, il développe la conscience politique de ses compatriotes, organise leurs actions, fonde un parti et l’amène à la victoire. Honoré d’une double élection, à Saint-André et à Sainte-Suzanne, Nicole Robinet de La Serve ne candidate pas, en 1832, à la présidence du Conseil Colonial, préférant consacrer toute son énergie au développement de la région Est, avant de se retirer de toute vie publique en 1837. Il meurt à Salazie le 18 décembre 1842.
 

L’autre personnalité retenue nous vient également de Salazie, où elle est née à la fin du XIXème siècle. Il s’agit de Roger Payet. Ce lycéen brillant, qui poursuit ses études supérieures à la prestigieuse Ecole Centrale, retrouve son ile natale à la fin de la première guerre mondiale, la démobilisation venue. En 1919, il a 25 ans quant il est élu conseiller général de Sainte – Suzanne.

Il démarre alors une carrière d’une longévité inégalée à la mesure de sa remarquable intelligence, de sa simplicité, de sa générosité, de sa droiture, de son attachement et de son investissement pour le développement de son île natale. Réélu, sans discontinuité, conseiller général de Sainte-Suzanne il accède à la présidence de l’Assemblée départementale au lendemain de la seconde guerre mondiale.

C’est alors, sans discontinuité également, qu’il est réélu, jusqu’ à ce que la maladie l’emporte. Son mandat de président, qui est de 17 ans, est le plus long détenu dans toute l’histoire de cette assemblée. Le 4 décembre 1965, Roger Payet ne préside pas la dernière session ordinaire du Conseil Général. C’est Marcel Cerneau, député de la troisième circonscription, mais surtout premier vice-président de l’assemblée départementale, qui occupe le siège présidentiel.

Roger Payet, dont l’état de santé est très grave, est hospitalisé à Bellepierre. Le Président Roger Payet, qui est tout la fois, le plus ancien et le doyen des conseillers généraux, décède un mois plus tard, le 6 janvier 1966. C’est toute La Réunion qui porte son deuil.
 

C’est au Palais Colonial, construit au fond du Jardin Colonial, que s’installe le Conseil Colonial. En 1855 le Palais Colonial, longtemps fermé après la suppression de l’Assemblée, devient Muséum d’ Histoire naturelle. C’est au début de la décennie 1870, que le Conseil Général prend ses quartiers à la Villa de l’armateur et négociant Julien Gaultier de Rontaunay dont la colonie venait de faire l’acquisition.

L’édifice, qui devient le lieu du pouvoir local pour un siècle, prend le nom de Palais Rontaunay. En 1978, le Conseil Général déménage et s’installe au Palais de la Source, retrouvant le secteur où a démarré sa longue histoire.

Lundi 16 Mars 2015 - 09:56
Eliard de Laleu
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1.Posté par bonnemémoire le 16/03/2015 11:32
Un lauréat du Concours Général , Docteur en droit qui refuse la Présidence .
Un centralien, qui est élu président .
Excusez du peu !
Et ces dernières des enseignants , en fait des instituteurs ou des contractuels devenus "profs" par ancienneté il n' y a pas à dire la méritocratie est en marche à la présidence de cette assemblée!

2.Posté par Pierre Balcon le 16/03/2015 14:35
Très intéressante rétrospective . Aujourd'hui
sur les 256 candidats :
- 92 sont fonctionnaires dont 31 sont enseignants ;
- 32 sont retraités ;
- 42 sont des salariés du privé
- 34 sont sans profession ,
-25 sont commerçants , artisans ou chefs d'entreprises ;
- 7 sont médecins et
- 7 sont agriculteurs

Pour plus d'info sur l'analyse sociologique des candidatures au niveau national voir l'étude d'Harris Interactive

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