Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable


Partager

Après le sanglant règlement de comptes entre adolescents au Port



Entre émotion, indignation morale et vaines tentatives d'endiguement : L'approche de la violence sociale.

L'émotion compréhensible est générale. Les réactions se multiplient dans la communauté éducative. L'ensemble des responsables, le ministre de l'Éducation nationale Vincent Peillon, en tête, FCPE, syndicats d'enseignants "font part de leur profonde tristesse et s’associent à la douleur de la famille", "s'inquiètent de la banalisation de la violence" ou demandent "que l'autorité publique agisse pour que cette violence ne s'impose pas aux abords des établissements scolaires"…

On ne peut que souscrire à ces appels. Et clamer que c'est affreux et partager la souffrance qu'infligent ces événements aux familles, aux jeunes proches, et à tous les gens de bien qui peuplent cette île. Ce dont on manque le plus dans ces circonstances, c'est de la capacité à conceptualiser correctement les problèmes, afin de pouvoir penser efficacement la moindre action, et avant de la réaliser !

Agressions et violences sont inacceptables. C'est clair. Avec ou sans issue fatale. Elles doivent être réprimées. En l'occurrence, impossible d'en rester au fait-divers isolé. La répétition de ces faits impose une autre approche. Et pourtant, la multiplication des réactions de consternation, les protestations indignées, les actions répressives ou préventives sur les effets et les symptômes ne dépassent que rarement l'épisode tragique qui nourrit l'actualité du moment. Et l'émotion qui prend tout le monde à la gorge retombe trop vite.

En tout cas les chaînes de causalité de cette succession ininterrompue de drames ne sont qu'à peine effleurées. On peut donc présumer que rien ne changera. Ni au Port, ni ailleurs. Aujourd'hui, hélas, le sentiment prédomine que l'on intervient toujours qu'après coup, même judicieusement, qu'on ne supprime pas la violence, qu'on ne fait que la déplacer ailleurs, en d'autres lieux, auprès d'autres groupes sociaux ou pour d'autres raisons !

Autorités et medias seraient bien inspirés de provoquer de vastes débats publics sur ce problème de société qu'est devenue la violence qui affecte tant de catégories sociales, à commencer par les plus faibles, dont notamment les femmes et les jeunes. Beaucoup de citoyens pourraient y contribuer. Hélas, il n'y a pas de débat public. Les débats publics n'intéressent que les appétits électoraux. Et certainement pas les courants dominants de la consommation d'apparences et de délassement qui envahissent nos existences sans notre consentement .

Je ne peux que suggérer, parmi d'autres personnes, ma modeste participation, en espérant que ces lignes seront publiées, qu'elles pourront contribuer à une réflexion même limitée et que quelques personnes voudront bien en prendre connaissance. Et bien entendu, les discuter. Identique en cela à la plupart des sociétés "modernes", la société réunionnaise, socioculture du laisser-faire, de la précipitation et de la superficialité, ignore les méthodes éducatives qui favorisent l'apprentissage de la responsabilité personnelle et sociale.

À peu près entièrement vouée au développement du matérialisme et de la consommation, il lui est impossible d'édifier chez les jeunes la conscience d'un comportement profond différent de celui qu'elle sécrète jour après jour. Il est compréhensible que les plus conscients (et les plus affolés) des adultes exigent un quadrillage renforcé régulier partout où les interstices du contrôle social laissent une place béante à la violence. Ou alors, qu'ils se retournent vers leur passé (avec une nostalgie, erronée à notre sens !) pour constater les pertes et les dégâts.

Dans les préoccupations parentales à l'égard des enfants, il serait bon de réinscrire l'apprentissage rigoureux des comportements sociaux admissibles. Avec la clé de cet apprentissage : la frustration positivement acceptée, parce que productrice de structures de vie et finalement de liberté responsable. Hélas, l'atomisation et l'hétérogénéité du monde adulte qui environne la croissance des générations montantes ont créé un no man's land dans lequel erre un grand nombre d'enfants et d'adolescents, munis d'une liberté parfaitement factice, un simple "laisser faire". Et hantés par des problèmes d'identité sociale et personnelle insolubles.

Ainsi s'intensifient les motifs d'une désagrégation sociale qu'aucune déclaration de responsable politique ne peut compter contenir à elle seule. Ainsi s'accentuent les statuts provisoires, toujours en suspens : stages, chômage, contrats temporaires, petits boulots, etc. en matière professionnelle, mais aussi dans le domaine socio-relationnel : désoeuvrement, cohabitation interminable, dépendance de la famille, instabilité affective, précarité financière, crétinisation télévisuelle, incitations permanentes à l'absorption du bric-à-brac consommatoire, influence de la bande, substitut parfois désastreux à une socialisation familiale en échec, etc...

Cette accumulation de facteurs d'immaturité, cette mise en quarantaine permanente, sociale et professionnelle, déresponsabilise, déconnecte les énergies, décourage et démotive... Quatre angles de vue pourraient contribuer à animer et poursuivre la réflexion : - La relation entre la violence juvénile et les mutations actuelles de la société. - Les sources et les causes de l'agressivité et des violences sociales. - La violence engendrée par les institutions et la place de la violence juvénile dans ce contexte institutionnel - Manifestations de violences, tentatives de prévention et de dépassement. 

Arnold Jaccoud - le 31 octobre 2012
Psychosociologue

Mercredi 31 Octobre 2012 - 14:11
Notez

Lu 611 fois, cliquez sur une des icônes ci-dessous pour partager cet article avec votre communauté



1.Posté par darky le 31/10/2012 14:26 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
+1

2.Posté par noe le 31/10/2012 18:42 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Tiens !
Un grand connaisseur qui va nous pomper l'air avec ses remarques et ses cris ...alors qu'il y a eu "mort d"homme" !
On va accuser les parents , la société , la vie chère , le mal-vivre ...
Comme on le voit ... on accuse mais on ne propose pas de solutions viables !

Bof !

"L'avantage d'être intelligent, c'est qu'on peut toujours faire l'imbécile, alors que l'inverse est impossible" Woody Allen.

3.Posté par stacy peralta le 01/11/2012 09:33 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Monsieur Jaccoud,


Le virage à 180 degrès arrive un peu trop tard : le mal est fait !
Le mal est fait par vos confrères , issus d'une génération de soixante-huitard et qui ont toléré voire même encouragé la permissivité à tout-va , engendrant des générations de Dolto-Sapiens sans règles , sans autres valeurs que la consommation , et sans respect pour l' être humain .

Il fallait y penser avant .

4.Posté par Gajik le 01/11/2012 10:45 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
"la culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale" Confucius.
çà c'est la citation du jour pour Noé, le recordman de la Réunion des idées toutes faites, du moralisme béat même pas compassionnel et de la culture bon marché, avec en prime systématique une citation moralisatrice plus ou mois adaptée au sujet. Mais c'est pas mal qu'il s'exprime sur tout sujet, car çà nous rappelle que rien n'est jamais acquis en matière d'évolution humaine et qu'il y a encore une foule de gens comme Noé qui n'ont pas accès à la réflexion basique sur les questions de société et surtout que ces gens là ont aussi le droit de vote et qu'ils votent en masse pour nous donner des dirigeants à leur image qu'ils méritent (eux, pas nous !).

Quant à Arnold Jaccoud, il fait de quelques cas une généralité comme si toute la société réunionnaise était permissive et adepte intégriste de la religion du caddy et du petit écran. Cette société est bien plus diverse qu'il ne le dit et sans doute les psychologues en font partie mais leur mission de thérapeutes leur donne l'impression fausse qu'ils sont au dessus de la mêlée. C'est ce côté globalisant sur le mal être "des jeunes" qui rend son article peu attractif, car nous savons tous cela et nous savons tous que dans une société où le vol à milliards et le crime d'Etat (Tapie, Total, Areva, Syrie, Libye ...) est légalisé par des députés acquis à 100% au libéralisme sauvage et à la corruption érigée en système, il est bien difficile de donner envie "aux jeunes" (et moins jeunes) laissés pour compte par ce SYSTEME construit et planifié, ce monde de Western et d'oeil pour oeil et de dent pour dent, de glorification de l'élitisme abusif, de devenir meilleurs que le système lui-même.

Sans un changement profond, QUI N'ARRIVERA JAMAIS on le sait malheureusement, dans nos pays de gens gavés, il y aura toujours du boulot pour les psychologues de prisons pour raccommoder ces exclus, ces gens programmés dans les pertes et profits du capitalisme immoral pour qui nous votons et que nous approuvons et encourageons par nos votes.

M. Jaccoud, tant que le réunionnais et le français feront de leur vote un acte de délégation totale de leur pouvoir à des élites corruptibles dès le premier mois de leur mandat et qu'ils accepterons de ne plus avoir de contrôle sur les actes de ces élus, rien ne changera et il y aura toujours ce volet de gens mis à la casse, mis en épaves, abandonnés par le système immoral que nous avons mis en place depuis que les élections existent.

Le psychologue trop souvent là pour aider ces gens paumés (jeunes ou anciens jeunes) à baisser la tête et à assimiler le sentiment de nullité et d'impuissance dans lequel on les a plongés (sadisme pervers de certains proviseurs et orienteurs de l'Education Nationale qui se foutent de leur mission sociale et sont aussi des adeptes de l'élitisme).

Rares sont les psy qui , au lieu de creuser dans le trou béant qui ronge leur patient afin d'y trouver l'étincelle du désir qui va lui redonner vie, s'affairent à boucher le trou et à y mettre un cataplasme de béton pour que celui ci ne se relève jamais et rentre dans un jeu pervers de l'acceptation apparente de sa nullité tout en n'attendant que l'occasion de se venger à la première occasion de ces mauvais traitements. Et la vengeance du frustré mal soigné prend toutes les formes, il suffit que l'occasion mette un couteau dans ses mains, le rebut(é) de la société capitaliste élitiste pète un câble et fait la une de Zinfos et les délices de Noé ... Ainsi va le Monde !
________________________________________________________________

Tiens, pour vous ouvrir un peu à ce Monde ré-humanisé qui pourrait naître si on cessait de donner notre pouvoir aux politiciens moralement corrompus, allez écouter au FORUM SOCIAL le professeur Etienne Chouard qui va venir à

Saint Paul le dimanche 4 novembre au front de Mer au boulodrome, à partir de 9h.

Il participera à l'atelier démocratie. Il y aura d'autres ateliers: femmes et syndicalisme, l'emploi, le logement, l'autosuffisance alimentaire, la culture. C'est un peu plus intéressant que les fadaises des "indignés" et du loggorrhéiste Samuel Mouèn. Et les politiciens professionnels ne seront pas là pour polluer les débats !

Lien vers la vidéo de présentation du FORUM SOCIAL de dimanche (je vous recommande le prof CHOUARD, allez voir ses vidéos sur Youtube et dailymotion, un homme passionné et passionnant, qui sait de quoi il parle) :

Nouveau commentaire :
Twitter
B i u  QUOTE  URL


Recevoir le journal de Zinfos



Courriers des lecteurs

Courrier des lecteurs

Le gouvernement socialiste rétablit la vignette automobile

12 Commentaires - 24/05/2013

Allocations familiales, l'incroyable décision

3 Commentaires - 24/05/2013

Non mais, allô quoi !

2 Commentaires - 24/05/2013

1000 recrutements par an dans l’Éducation Nationale : chiche !

5 Commentaires - 23/05/2013

Loi cadre de l'Enseignement Supérieur : L'UNEF exige une nouvelle réglementation des stages !

0 Commentaire - 23/05/2013

Des bons et mauvais usages de la liberté

6 Commentaires - 23/05/2013

La nouvelle route du Littoral sera faite avec des pierres lunaires

4 Commentaires - 23/05/2013

Un petit pas les fonctionnaires, un grand pas pour la démocratie

0 Commentaire - 23/05/2013

Catégorie C : Le compte n’y est pas !

0 Commentaire - 23/05/2013

Assez de discrimination et place à un meilleur partage des richesses de notre économie !

0 Commentaire - 22/05/2013

Derniers commentaires