Santé

Albert, séropositif : "ll ne faut pas se relâcher et continuer à se protéger"

Albert* est âgé 69 ans et est père de trois enfants. Voilà maintenant 13 ans qu'il vit avec le virus du Sida en lui. A l'occasion des journées Sidaction, il accepte de témoigner sur sa situation.


Albert, séropositif : "ll ne faut pas se relâcher et continuer à se protéger"
Zinfos974: Albert, comment avez-vous appris votre séropositivité?

Albert: Lors d'un contrôle sanguin en 2000, à Madagascar. Quand je l'apprend, je ne comprend pas. Trois ans plus tôt, j'avais eu l'occasion de faire un test en métropole qui s'était avéré négatif. Je finis par suspecter mon amie avec qui je suis en couple depuis plusieurs années. Un premier test, puis un second, confirment qu'elle n'est pas atteinte du VIH. Encore aujourd'hui, je ne sais pas qui m'a refilé le virus. Je n'ai pas eu d'autres relations. Tout ce que je peux dire c'est que j'ai eu à subir une opération dans un établissement de santé de Madagascar quelques temps auparavant.

Comment vous prend-on en charge?

A Madagascar, c'est compliqué. Avec un contexte politique et économique très fragile, il m'est simplement difficile de recevoir les médicaments que mes enfants tentent de m'envoyer de métropole. Après avoir vécu pendant 10 ans dans la Grande Ile, j'arrive à la Réunion en 2002 dans un état lamentable.

C'est le service d'immunologie du CHD de Bellepierre, géré par le docteur Catherine Gaud, qui me prend en charge et qui réussit à me sortir de la "porte finale". Je subis un traitement lourd pour cela et je suis hospitalisé pendant une centaine de jours. Pour vous donner quelques exemples, j'étais alimenté par sonde et j'avalais 25 comprimés par jour. L'association Rive m'a ensuite aidé à organiser ma vie à la Réunion.

Depuis 2003, je suis séropositif mais je ne suis plus déficitaire immunologiquement. J'en suis à trois comprimés par jour.

Par quels sentiments passez-vous pendant ces dix dernières années?

Je n'arrive pas à ressentir de colère ou à être rancunier. J'ai eu bien sûr des passages difficiles mais j'ai un tempérament plutôt optimiste. J'ai tendance à penser que c'est la fatalité, que j'ai tiré un mauvais numéro... (Il réfléchit) De toute façon, à qui pourrais-je en vouloir?

Le regard de l'autre vous pèse-t-il?

Toujours aujourd'hui, la maladie du Sida est perçue comme honteuse et reste un sujet très tabou. Il m'est arrivé de vivre des situations incroyables comme celle de devoir boire dans un verre en plastique lors d'un apéritif où l'on m'avait invité alors même que les autres buvaient dans des verres normaux.

Les gens très proches le savent mais en général j'évite de le dire… Encore ici, je préfère ne pas témoigner sous ma vraie identité car beaucoup de gens, qui me connaissent, ne savent pas. Quelle serait leur réaction? Quand mon ancien propriétaire a su que j'étais malade, il m'a clairement dit que s'il l'avait su plus tôt, jamais il ne m'aurait loué un appartement.

Un sujet tabou, une maladie qui fait toujours peur. On a si peu avancé en la matière?

Paradoxalement, il y a une réelle progression. Des événements comme le Sidaction permettent notamment de sensibiliser la population. Au point qu'une autre tendance est observée depuis quelques années… Certaines personnes imaginent que, comme il existe maintenant des traitements et qu'on ne meurt plus forcément du Sida, on peut se permettre de ne pas se protéger et de prendre un risque.

Mon cas est particulier mais pour la plupart des Réunionnais malades, c'est suite à une relation sexuelle qu'ils ont été contaminés (ndlr: chez nos voisins mauriciens, la majorité des cas de contamination se fait par voie intraveineuse, du fait d'un partage des seringues utilisées pour se droguer). Suivre un traitement reste astreignant, le regard de l'autre est parfois douloureux, votre vie sexuelle est très bouleversée, vous ne pouvez pas ou plus avoir d'enfants… Il ne faut pas se relâcher et continuer à se protéger.

*Albert est un prénom d'emprunt
Samedi 6 Avril 2013 - 09:28
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