Municipales 2014

A La Réunion, élections ont toujours rimé avec fraudes


A La Réunion, élections ont toujours rimé avec fraudes
Non ! Hélas triplement non ! Non l’incendie d’une permanence n’est malheureusement pas un acte inédit lors d’une campagne électorale à La Réunion. Pas plus d’ailleurs que ce serait pour la commune de Saint-Louis une grande première ! Tout comme on aurait tort de croire, de plus, que Saint-Louis serait une enclave, malencontreusement livrée à des cow-boys abrutis et à des shérifs délinquants, réfractaires à toute loi, autre que celle de la bêtise crasse, du racisme, de la combine, de la corruption et de la violence.

C’est, dès 1848, que les élections riment avec fraudes à La Réunion. Ces fraudes, qui concernent toutes les communes, se développent et s’intensifient pour s’institutionnaliser au fil des campagnes électorales. Il y a donc dans notre île une véritable culture de la fraude que l'on aurait tort d’assimiler à du folklore.

La Deuxième République a imposé le suffrage universel. Elle a également imposé l’abolition de l’esclavage. Ces deux décisions fondatrices sont rarement liées, or quand on les lie, il y a une conséquence, méconnue, qui est dévastatrice pour la colonie. C’est le poids des affranchis dans la société post-abolitionniste.

Numériquement majoritaires, ils détiennent donc, entre leurs mains, les clés de la vie politique qui doit désormais s’organiser selon le principe "un homme, une voix". La République leur ayant accordé la plénitude des droits, le bulletin de vote du "cafre" ou du "malais", comme les désignent la presse, a le même poids que celui de n’importe quel électeur! Mais s’horrifier ne saurait suffire pour conjurer la catastrophe annoncée et, par tous les moyens, il faut éviter  l’impensable.   

La dissuasion du vote, une vieille pratique

Sarda Garriga va être d’une aide, décisive pour le présent, et fondatrice pour l’avenir du système politique à La Réunion. Les élections municipales étant le premier rendez-vous électoral à organiser, le représentant de la République les fixe 5 jours avant la promulgation de l’abolition, rendant du coup impossible le vote des futurs affranchis.

Aux élections législatives de l’année d’après, cette manœuvre ne pouvant être rééditée, d’autres démarches sont alors mises en œuvre. Faute de rayer les affranchis des listes électorales, ce que réclament à cor et à cri certaines municipalités, dont celle de Saint-André, on va chercher à les dissuader de venir voter. Mais si le climat de peur, fait de mensonges, de menaces et de violences ne réussit pas à éloigner les plus déterminés des bureaux de vote, Sarda Garriga leur recommande de s’en remettre aux autorités pour se faire indiquer le choix à effectuer. Ainsi né, avec la peur comme matrice, le système de candidature officielle !

Ces bases vont connaitre, sous les Républiques successives, une extension considérable et une amplification majeure. Ce sont les cortèges et défilés qui voient le jour, où le rhum coule à flots, au son d’orchestres, municipaux ou improvisés, confiés à des meneurs. Ces meneurs sont précieux. A eux d’organiser la campagne, de galvaniser les troupes, de convaincre les électeurs, de débaucher les adversaires, ou à défaut, de les neutraliser, de s’attaquer au camp adverse et d’imposer la loi de leur candidat.

Ils ne sont pas seuls évidemment, ils ont leurs hommes de mains, les nervis. Hommes de confiance du candidat, les moyens dont disposent ces meneurs sont considérables avec les tournées à payer, les votes à acheter, les revirements à opérer et les désordres à susciter. Et chaque camp n’est pas en reste. Avec l’argent massivement présent, le rhum, les galets et  les fusils s’imposent comme outils de propagande sur fond de misère et d’exploitation des engagés.

Une imagination débordante pour frauder au moment du vote

Mais faire régner tout au long de la campagne sa loi serait vain si le jour "J" l’organisation du scrutin n’était pas scrupuleusement prise en mains avec comme objectif d’écarter les indésirables des bureaux de vote et s’assurer que ceux qui s’y rendent fassent le bon choix. Au fil des scrutins, la technicité se perfectionne entre listes épurées, bureaux assiégés, électeurs déplacés, urnes bourrées, mandataires expulsés et procès-verbaux trafiqués. Ici l’imagination est débordante, et la liste des trouvailles, qui s’inscrit dans une innovation permanente, est si riche qu’elle pourrait remplir un véritable Guinness de la fraude.

Mais la réussite de ces agissements ne dépend pas du seul pouvoir de mobilisation du candidat et de ses meneurs. En effet, seul triomphe celui qui est adoubé par la Haute administration sur fond de violences. En 1906, Jules Auber, candidat à la députation, violemment agressé durant la campagne, préfère jeter l’éponge et se retirer. Aux législatives de 1914, on déplore 12 morts et 174 blessés, à celles de 1936, 11 morts et des blessés par dizaines. Les  successeurs de Sarda Garriga, avec le concours actif de la magistrature, des forces de police, comme celles de gendarmerie, vont ainsi institutionnaliser la fraude électorale.

On comprend dés lors mieux pourquoi ce jeune homme, qui, à peine de retour à La Réunion après sa démobilisation, se rendant compte que son père, candidat à la députation, est en très mauvaise posture, se précipite chez le Secrétaire Général de l’Administration. Il vient lui demander de "torpiller par tous les moyens" l’adversaire de son père. Le nom du jeune homme ? Paul Vergès, celui qui ose affronter son père : Alexis de Villeneuve. Nous sommes le 11 mai 1946. Le 25 mai 1946, Alexis de Villeneuve s’effondre sur le parvis de la Cathédrale touché par une balle de révolver. Une situation inédite à La Réunion et exceptionnelle dans l’histoire de la vie politique en France, dont les effets traumatisants, qu’on a cherché à refouler en jetant sur cette tragédie un manteau de plomb, sont toujours au travail dans la société réunionnaise.

Les vieilles recettes de corruption mises au goût du jour

A la départementalisation, les préfets vont mettre leurs pas dans ceux des gouverneurs. Le système, avec les broquettes qui font leur apparition, continue de fonctionner à pleine démesure, avec son lot de victimes : Laude à Saint-Denis, Savigny à Saint-André, et, bien plus tard, Carpaye au Port. Ce sont les préfets, dont l’emblématique Jean Perreau-Pradier, qui choisissent les candidats pour le bon camp, celui des "nationaux".  Et pour les convaincre d’accepter de se présenter les préfets leur annoncent, aux deux décimales prés, les résultats de leurs victoires électorales à venir. La lutte contre les communistes justifie tout. Il faut attendre 1969 la création, à l’initiative de la société civile, de syndicats et de curés, de l’Association pour le Déroulement Normal des Opérations Electorales (ADNOE) pour voir refluer les pratiques frauduleuses les plus visibles, les formes de violence les plus brutales et le désengagement progressif de la haute administration dans le fonctionnement du système.

La circulation des informations, le développement des médias et les changements politiques au niveau gouvernemental rendent moins supportable le  système dans ses manifestations les plus massives. Mais ces dernières décennies, le chômage aidant, les militants disparus, le marketing électoral renouvelé, le pouvoir accru, le népotisme se développant et la politique comme carrière, vont ramener au premier plan l’argent tout en faisant évoluer les bonnes vieilles recettes de corruption pour les faire admettre comme naturelles ou, à défaut, les rendre moins visibles...
Lundi 17 Mars 2014 - 10:09
Eliard de Laleu
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1.Posté par noe le 17/03/2014 10:20
C'est bien de rappeler ces faits de fraude historique !
J'ai connu un maire sortant qui a obtenu 7421 voix lors du dépouillement alors que sa commune n'avait que 2543 électeurs !
Suite à une panne de courant , les urnes ont gonflé de bulletins !

2.Posté par bonnemémoire le 17/03/2014 10:59
Ah " les orchestres municipaux , ou improvisés" !!
Et du coup vous montrez que si " folklore " il y a, comme on l'entend en boucle et on le lit avec répétition, il s'agit pour le moins d' un " folklore d' État".
Tout ce système serait d''abord une affaire de l' État .?
Voilà qui est en rupture avec ce qui nous est régulièrement seriné .
Mais voilà qui ne manque pas de faire réfléchir . Surtout quand on voit de plus dans votre article que de la colonie au département il n' y a nulle rupture en la matière.
Vous soulevez là de sacrées questions!

3.Posté par Eveilcitoyen 974 le 17/03/2014 11:01
Du neuf dans le paysage politique ou pas ?

4.Posté par Commune St Denis infos le 17/03/2014 11:07
Pour toute la Réunion, seuls 4 candidats en lice pour les élections (LARTIN GRAJA Michelle, ROBERT MUCY Margarette, POLEYA Alexandre, MIRANVILLE Vanessa) ont signé cette charte qui ne reflète pourtant que les fondamentaux d’une vraie démocratie !

Les signataires de cette charte sont sur le site d’ANTICOR (www.anticor.org). A la Possession, une seule personne sur sept en lice pour les élections municipales a signé cette charte. L’ADIP, adhérent d’ANTICOR constate avec regret un grand décalage entre les discours publics de nos politiques et les engagements formels.

5.Posté par bourbon pointu le 17/03/2014 14:35
Quand on a fini de lire votre article on est accablé tant s'impose une conclusion: les mesures prises depuis 20 ans pour moraliser la vie politique ont eu des effets limités ( c'est ma partie optimiste qui me fait choisir ce terme de "limités").
Il est malheureusement difficile de ne pas suivre votre raisonnement tant l'actualité le confirme Voilà qui ne fait qu'accroître mon accablement.
il serait urgent , si on veut garder un peu espoir , de créer une nouvelle ADNOE.

6.Posté par jfs le 17/03/2014 15:16
Il ne faut pas dramatiser. L'article du JIR d'hier sur les élections du temps lontan a certainement augmenté la paranoïa.

Je forme les assesseurs depuis bien longtemps car ils sont les seuls garant du bon déroulement des élections et j'insiste toujours sur la vigilance.

Venons en aux possibles dérapages, ils deviennent de plus en plus difficile à exister.

Bourrage des urnes ; L'histoire des "chaussettes de Périgueux" entretien ce fantasme, mais regardons les choses en face :

La préfecture délivre un nombre d'enveloppe correspondant au nombre d'inscrits dans chaque commune (en principe exacte à une ou deux enveloppes près, il peut y avoir des petites erreurs). C'est pour cela que le premier travail des assesseurs est de recompter les enveloppes par paquets de cent.

Substituer un paquet de cent ou deux d'enveloppes vides serait éventuellement possible sans la vigilance des assesseurs. Mais admettons que cela se produise.

La deuxième étape consisterait à "récupérer des bulletins de votes du candidat fraudeur". Cela est relativement facile en se servant dans les corbeilles vidées des isoloirs, il peut aussi en récupérer sur les tablettes avec bien sur la complicité de celui qui est chargé de vider les isoloirs.

Après cela devient plus complexe. Il faut attendre le dépouillement. Il faudrait à cette occasion détourner l'attention des personnes présentes pour remplacer un paquet de cent de votes exprimés par un paquet de votes "fraudés".

je ne dis pas que c'est impossible mais cela est extrêmement marginal, et plus valable en Corse qu'à l Réunion.


Le deuxième problème est le rabattage/ramassage, et là c'est un sujet plus difficile à résoudre et existant à la Réunion.

Les nouvelles technologies sont en jeu.

Pour une raison compréhensible, quand un électeur entre dans le bureau de vote, un assesseur vérifie s'il est bien inscrit dans ce bureau.

Et là se trouve le 1er risque, car pour soi-disant faciliter "la fluidité" l'assesseur annonce haut et fort le numéro de l'électeur sur un cahier d'émargement identique au cahier d'émargement officiel ou l'électeur doit apposer sa signature après avoir voté.

Comme cela s'est produit lors de précédentes élections, une personne extérieur enregistrait les numéros au fur et à mesure sur un GSM et envoyait périodiquement ces données à un tiers, qui cochait et pouvait vérifier sur un double de la liste d'émargement qui avait voté ou pas afin d'aller
rabattre "les négligents" en allant les chercher chez eux.

Difficile à prouver et à parer

La seule parade est que l'assesseur responsable du cahier d'émargement ne se mette pas à
comptabiliser les "signatures". En effet l'argument fallacieux est qu'il vérifie soi-disant que le nombre de signatures correspond bien au nombre de votes exprimés indiqués par le compteur de l'urne. Cette étape est seulement destinée à gagner du temps soi-disant, mais croyez moi, c'est plus pour permettre le rabattage.

Pour le dérapage hors des bureaux de vote, à charge des candidats d'être vigilant et de porter un recours auprès de la préfecture et les services compétents

7.Posté par Mi- Kroi le 17/03/2014 16:25
6point n'est besoin de verser dans la paranoïa, ni dans le folklore , pour se rendre compte que hier comme aujourd'hui il y a des pratiques qui s'adaptent et donc demeurent .
Vous le démontrez vous-même.
C 'est incontestable que le préfet ne fait plus les élections comme avant eux les gouverneurs et c'est tant mieux . mais le plus important pour moi c'est " QU ILS ONT FAIT LES ÉLECTIONS! : vive la République .
C'est incontestable qu'on ne bourre plus les urnes , avec de surcroit la protection des forces de l'ordre comme l'explique de Laleu.
Mais l'argent et les achats de voix ont-ils disparu pour autant ?
Quant à la violence , s'il n'y a plus mort d' hommes, et c'est heureux , a -elle pour autant disparu?
Voyez l'actualité .
Et vous avez tout à fait raison de rappeler les assesseurs à leur responsabilité dans la conduite de leur mission dans un bureau de vote.
Le refus de la suppression du cumul dans le temps, comme le refus d'écarter des mandats électifs ceux qui ont été condamnés pour délits et autres corruptions , par une majorité d'élus de différents bords, au motif que c'est aux électeurs de faire le bon choix, montre qu'il y a encore du chemin à faire pour rendre le vote incontestable.
Je n'ai pas lu l'article du JIR mais celui de Zinfos est particulièrement secouant!

8.Posté par Hyppolite Pentenicole le 17/03/2014 16:36
3 commentaires m'inspire cet article .
Il y en a qui sont toujours sur les bons coups, hélas pour ceux qui sont sur leur route.
L'histoire de la fraude devrait être enseignée sur le banc des écoles .
La démocratie est une culture exigeante.
Et maintenant une suggestion que les Saint- Louisiens , et à fortiori leurs candidats, soient destinataires de cet article.

9.Posté par jfs le 17/03/2014 17:17
7, je suis tout à fait d'accord avec vous, je veux seulement donner un éclairage,l a première étape qui est la régularité des votes à l'intérieur des bureaux de votes a gagné beaucoup de crédibilité, entre autre avec la présence d'assesseurs des différents candidats. Je dois souligner qu'il est malheureux que la plupart des candidats en sous-estime l'importance .

Le respect des règles par les candidats est une autre étape. les services de l'Etat sont encore très laxistes au nom de la "sacro-sainte" paix sociale, ils ne sanctionnent pratiquement jamais les dérives, pire ferment le yeux.

Jean-François Seguineau
Membre d'Anticor

10.Posté par bonnemémoire le 17/03/2014 18:09
Si 6 et 7 m 'autorisent à participer à leurs échanges je dirai que ce que le journaliste appelle " la culture de la fraude " serait donc particulièrement vivant, aujourd'hui encore, tant du côté des candidats que des services de l' Et^t si je comprends.
On peut en conséquence oublier le terme " folklore" dont on nous rabat les oreilles pour se préoccuper sérieusement du fonctionnement de la démocratie à La Réunion.
Vaste et urgent programme .

11.Posté par fl le 17/03/2014 18:09
Tous des pourritures qui s'engraissent sur les travailleurs nous avons pas besoin d'eux virons lès ces fainiassent qui nous coûtent chère et qui nous divises pour mieux régner déor escrocs de politiquard compromit

12.Posté par L'OBSERVATEUR le 17/03/2014 21:14

13.Posté par dd le 17/03/2014 21:57
Le 7 septembre 2004, le Tribunal correctionnel de Saint-Denis le condamne à 18 mois de prison avec sursis, 100 000 euros d'amende ainsi qu'une peine d'inéligibilité de trois ans. Les raisons de cette condamnation résultent d'une prise illégale d'intérêt et d'abus de biens sociaux. La Cour de Saint-Denis reproche notamment à Monsieur Thien Ah Khoon d'avoir utilisé sa fonction pour faciliter l'acquisition de plusieurs terrains pour lui et les membres de sa famille1. La Cour de cassation rejetant son pourvoi et la grâce présidentielle lui ayant été refusée, sa condamnation est définitive.

14.Posté par le 18/03/2014 14:02
Que dire de la censure qui va avec ? Sur le site de Gilbert Annette en particulier, tous les commentaires porteurs de vérité et dérangeants sont censurés. Le drapeau de la démocratie est en berne pendant cette campagne électorale.

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